L’épée et poignard chez les premiers auteurs Bolonais : En Porta di Ferro

Comme constaté dans l’article précédent, deux combinaisons de gardes s’offrent à nous :

  • coda longa e alta de l’épée / porta di ferro du poignard
  • toute variante de porta di ferro de l’épée / guardia di testa du poignard

Nous allons étudier cette seconde combinaison pour commencer, celle-ci étant la plus simple. De plus et elle sera nécessaire pour la compréhension de certaines actions dans l’autre arrangement de garde.

On trouve donc trois gardes utilisées à l’épée par Marozzo, qui sont des variantes de la garde porta di ferro (porte de fer ou herse en français) :

  • porta di ferro stretta
  • porta di ferro larga
  • cinghiara porta di ferro stretta
cinghiara porta di ferro stretta
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Cinghiara Porta di Ferro Stretta

Chacune de ces gardes est accompagnée de la dague en guardia di testa. On protège donc ainsi notre côté gauche, le poignard pour la tête, l’épée pour la partie basse ou centrale. Naturellement, cela réduit les ouvertures laissées à disposition de l’adversaire à notre côté droit.

Reprenons donc le tableau d’action en le limitant à ces deux gardes :

Chap.

Garde

Attaque

Cible

Parade

37

Porta di ferro larga

Mandritto, Roverso, Stoccata

Tête

Falso de l’épée de bas en haut dans son épée.

Petit pas du pied droit avec un mandritto à la jambe.

Recule du pied droit fortement avec un roverso au bras d’épée.

38

Cinghiara porta di ferro

Toute botte

En haut ou en bas

Pas du pied droit vers la droite avec falso de l’épée dans son épée.

Roverso à la jambe.

Recule le pied droit avec falso dritto aux mains.

39

Cinghiara porta di ferro stretta

Toute botte

 

Pas du pied droit avec falso de l’épée de bas en haut dans son épée.

Mandritto segato

40

Porta di ferro stretta

Fendente, mandritto tondo, mandritto sgualembrato

En haut

Pas du pied droit vers la gauche avec parade de l’épée en guardia di faccia.

Pas du pied gauche avec mandritto du poignard et roverso de l’épée

 

On distingue ici clairement deux situations :

  • une attaque quelconque
  • une attaque en fendente, mandritto tondo ou sgualembrato à la tête

Cette seconde situation est clairement un cas particulier de la première. Tout d’abord, rien n’empêche de parer ce fendente et ces mandritti avec les parades qui s’appliquent à toutes les bottes, Marozzo le précise même au chapitre 37 :

« Et alors si ton ennemi te tire un mandritto ou un roverso à la tête ou une stoccata »

De plus, cette seconde situation constitue un chapitre à part entière (le 40) dans lequel cette combinaison de gardes est utilisée pour aller provoquer l’ennemi alors que dans tous les autres cas, cette position est obtenue à la suite d’autres actions. Elle constituerait plus une position intermédiaire dans le jeu arrivant après une esquive de notre frappe par l’adversaire. Celui-ci profitant donc du « temps » qui lui est offert pour nous attaquer alors que nous sommes tombés dans cette position. À noter qu’il est également possible d’attendre l’ennemi dans cette garde.

Commençons donc par le cas général avant de voir le cas particulier.

Bronzino - Guidobaldo II della Rovere (1532)
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Bronzino – Guidobaldo II della Rovere (1532)

Sur une attaque quelconque

La parade

Une seule parade : le falso.

Il s’agit ici d’une constante à l’épée tout au long du traité, quelle que soit l’arme secondaire, et cela se retrouve aussi chez les autres auteurs (voir par exemple les défenses depuis la porta di ferro stretta chez Manciolino).

On peut même être plus précis ici en indiquant qu’il s’agit d’un falso manco.

Malgré cela une question s’est posée lors de l’expérimentation : comment réaliser ce falso sur une attaque à la jambe ?

En effet, le falso est décrit comme une frappe du faux tranchant remontant suivant la diagonale genou – épaule :

« Et chaque coup que tu feras depuis la terre vers le haut ou à la tête de l’ennemi ou à droite ou à gauche, sera nommé falso » Livre 1, chapitre 2, Manciolino

Cela fonctionne très bien sur une frappe au haut du corps. Par contre sur une frappe à la jambe, les deux épées suivent la même trajectoire et il est impossible de parer la frappe adverse. On est arrivé à la conclusion que pour réaliser cette parade basse avec un falso, il est ici nécessaire d’abaisser la pointe de notre épée, celle-ci décrivant alors un mouvement horizontal à la manière d’un tondo à quelques centimètres du sol. Cela n’est nullement décrit dans les sources mais en regardant plus en détails le texte, l’on peut remarquer les précisons suivante assez régulièrement :

« tu frapperas dans la botte qu’il te tire un falso de bas en haut » Chapitre 39, Marozzo

Donc lorsque « le bas en haut » n’est pas précisé, il est alors possible que le falso ne suive pas cette trajectoire habituelle.

Si on reprend donc notre tableau, on peut donc préciser les cibles des frappes adverses :

Chap.

Garde

Attaque

Cible

Parade

37

Porta di ferro larga

Mandritto, Roverso, Stoccata

Tête

Falso de l’épée de bas en haut dans son épée.

Petit pas du pied droit avec un mandritto à la jambe.

Recule du pied droit fortement avec un roverso au bras d’épée.

38

Cinghiara porta di ferro

Toute botte

En haut ou en bas

Pas du pied droit vers la droite avec falso de l’épée dans son épée.

Roverso à la jambe.

Recule le pied droit avec falso dritto aux mains.

39

Cinghiara porta di ferro stretta

Toute botte

Tête

Pas du pied droit avec falso de l’épée de bas en haut dans son épée.

Mandritto segato

 

La riposte

Reste maintenant à voir les différents enchainements proposés suite à cette parade du faux tranchant :

  • roverso à la jambe + falso dans les mains
  • mandritto à la jambe + roverso au bras d’épée
  • mandritto segato

Pour le moment, nous n’avons pas pu déterminer de condition particulière qui entrainerait une riposte plutôt qu’une autre, celles-ci semblent interchangeables entre elles, la seule constante étant la frappe à la jambe. L’expérimentation nous a en effet montré que si l’on riposte à la tête, notre adversaire pare notre coup très facilement de sa dague qui est en protection de la tête, alors qu’il lui est bien plus difficile de défendre sa jambe avec une esquive.

D’ailleurs si celui-ci a le réflexe de retirer sa jambe, il dispose alors d’un temps d’attaque parce que notre épée l’a dépassé comme nous le dit Manciolino. Il ne faut donc pas oublier de partir du combat en se couvrant de toute attaque potentielle adverse comme décrit dans les pièces.

Sur attaque de fendente, mandritto tondo ou sgualembrato à la tête

« à chacun de ces mandritti tu jetteras le pied droit un peu vers son côté droit et dans ce pas tu pareras son coup en guardia di faccia avec la pointe de ton épée vers la droite de la face de ton ennemi »

Ici, on pare et on riposte dans un même temps en utilisant la guardia di faccia ; on vient collecter la lame adverse sur notre le vrai tranchant de notre épée tout en mettant la pointe de celle-ci dans son visage. Nous réalisons ici une parade/riposte sur un temps au lieu de deux pour le cas précédent.

Guardia di Faccia
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Guardia di Faccia

À l’identique du falso, il s’agit aussi d’une constante ici, on retrouve cette parade dans cette condition précise tout au long du traité et ce quelle que soit les armes. Quand nous sommes dans une garde de type porta di ferro et que l’adversaire nous attaque à notre ouverture haute d’un mandritto, cette parade s’impose naturellement. Nous la trouvons très peu depuis une garde de type coda longa car elle demande un plus grand déplacement de la lame et une rotation du poignet alors qu’il s’agit de simplement d’élever ce dernier pour venir en opposition depuis la porta di ferro.

On peut se demander pourquoi l’adversaire attaquerait notre tête alors notre poignard la défends en guardia di testa. De par nos expérimentations, il existe une possibilité provenant de deux raisons différentes. Soit on donne volontairement une ouverture à la tête en abaissant la dague. Soit la fatigue ou le manque de concentration nous fait oublier de bien maintenir notre dague en protection de la tête.

Lors de cette parade, le déplacement du pied droit vers la gauche nous amène à avoir les jambes légèrement croisées, ce qui va à l’encontre de ce que l’on enseigne tout le temps : ne jamais croiser les jambes sous peine d’être déséquilibré. Mais dans ce cas, ce mouvement est volontaire. Il permet d’être plus fort en opposition dans la parade en permettant d’opposer tout le corps plutôt que simplement le bras. Et enfin il nous servira à avoir une riposte plus puissante.

Si la pointe de notre épée ne touche pas le visage adverse, celui-ci vient logiquement en opposition en ramenant son fort sur notre faible pour pousser notre lame vers son intérieur. Ainsi le fait d’avoir notre pointe au côté droit de son visage nous laisse toute la largeur du visage pour venir le toucher dans sa parade. Ensuite, une fois la parade adverse faite :

« Et dans un même temps, tu passeras du pied gauche et tu lui donneras un mandritto avec le poignard et un roverso avec l’épée »

Il suffit ici de laisser aller les armes en utilisant la force que nous donne l’adversaire afin de venir le frapper des deux armes, cas singulier ici, tout en « déchargeant » sur le pas le mouvement des hanches amorcé par le premier déplacement.

Conclusion

On peut donc résumer cette première garde à deux parades :

  1. falso sur n’importe quelle attaque
  2. guardia di faccia sur une attaque à notre ouverture haute gauche

Il est difficile de simplifier plus avant. L’autre combinaison de gardes, elle, nous promet bien plus de choix…

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