Di Grassi

Cette page regroupe la traductions de l’oeuvre de Di Grassi réalisé à partir de l’édition italienne parue en 1570. Vous pouvez retrouver aussi une analyse de son escrime dans la série d’articles que je lui consacre.

Lien direct vers certaines sections : l’épée seulel’épée et poignard

Du véritable art pour opérer des armes

Il n’y a aucun doute que l’exercice honorable des armes est constitué de deux choses parfaites qui sont le jugement et la force. Parce que de l’un s’acquiert la connaissance de la façon et des temps pour œuvrer dans le moment voulu. Et l’on obtient de l’autre l’habileté de pouvoir tout exécuter dans le temps du et avec avantage. Et comme seulement connaître la façon et le temps pour frapper et se défendre ne sert qu’à savoir raisonner, et que le but de cet art n’est pas de dire, mais de faire, ainsi si l’on veut réussir dans celui-ci autant qu’il convient, il est nécessaire outre d’avoir le jugement, d’avoir également les moyens de pouvoir s’exécuter rapidement dès que le jugement voit et comprend, ce qui ne peut pas se faire sinon avec force et dextérité du corps. Et s’il advient que celui-ci soit faible ou lent, ou qu’il ne peut pas soutenir le poids des bottes, ou qu’il ne peut pas aller frapper quand le temps demande, il restera en déshonneur. Et ces erreurs, comme on le voit, ne procèdent pas de l’Art, mais d’un instrument mal accommodé à l’exercice.

Ainsi tous ceux qui voudront pratiquer cet Art s’évertueront à acquérir cette force, tenant pour certain que le jugement sans cette force et cette dextérité est de peu ou d’aucune utilité, mais peut-être cause de dégâts parce que les hommes manquant de jugement et de savoir sur comment les choses doivent se faire, s’imaginent à entreprendre celles-ci alors qu’ils ne peuvent pas les réussir en réalité. Et si je dis que la force est nécessaire et une des deux choses principales de cet art, mais que je ne donne pas la façon de l’acquérir, je fonderai mon art sur des rêves et des chimères. Ainsi, je donne volontairement au début de cette œuvre la façon d’acquérir le jugement et je traiterai à la fin de celle-ci de comment l’homme peut s’exercer par lui-même pour acquérir force, rapidité et moyens pour autant qu’ils appartiennent à cet art, de sorte que chacun pourra devenir rapide et fort avec les raisons qui lui seront données et sans autre maitre.

De la façon d’acquérir le jugement

Bien que j’ai pratiquement vu dans toutes les parties de l’Italie d’excellents professeurs de cet art enseigner dans leur école et exercer secrètement pour la conduite à la lice, je n’en ai vu aucun qui possède cette partie de jugement comme il convient. Il se peut que certains l’aient et le tiennent secret parce qu’au milieu de beaucoup de coups indisciplinés, il en vient de beaux et judicieux. Mais moi j’ai bien l’intention d’aider à cet Art autant que possible et je veux dans cette partie dire tout ce qui me paraît à propos.

On doit donc savoir que l’homme devient d’autant hardi ou timide d’autant qu’il sait comment prévenir ou non le danger. Et pour avoir cette connaissance, il est nécessaire de ne pas oublier tous les avertissements ici écrits et desquels nait toute la connaissance de cet art et sans lesquels il n’est pas possible de faire des choses qui sont bonnes avec raison. Et bien qu’il peut advenir que certains sans connaitre ceux-ci aient fait des actions avec jugement et utilité, cela ne vient de rien d’autre que de la nature ou du courage, lesquels connaissent d’eux-mêmes tous ces avertissements.

Le premier de ceux-ci est que la ligne droite est plus courte que toutes les autres, ainsi quand on voudra frapper au plus court, il sera nécessaire de frapper par la ligne droite. Le second est que celui qui est le plus près atteint le plus rapidement. De cet avertissement nait cette utilisation : si l’on voit l’épée de l’ennemi au loin ou en haut pour frapper, alors on frappera avant d’être frappé. Le troisième est qu’un cercle en rotation a une plus grande force à sa circonférence qu’à son centre. Le quatrième est qu’on résiste plus facilement à peu de force qu’à beaucoup. Le cinquième est que chaque mouvement est fait dans le temps. Et de ces avertissements nait le jugement.

Il est ainsi très clair que cet art ne recherche rien d’autre que de frapper avec avantage et de se défendre avec sûreté ce qui se fait avec des frappes d’estoc ou de taille par la ligne droite, avec la partie de l’épée ayant le plus de force, en frappant avant que l’ennemi ne frappe, ce qui se fait quand on se sait être plus proche de l’ennemi et dans quel cas l’on devra frapper1 parce qu’il y en a peu ou aucun qui se comprenant être frappé ne donne rien en retour et continue le mouvement qu’ils ont déjà commencé. Et sachant ensuite que chaque mouvement se fait dans le temps, on exigera pour frapper et défendre de faire le moins de mouvement possible afin de consommer le moins de temps. Et si l’ennemi en fait beaucoup, on restera attentif pour le frapper sous un ou plusieurs temps qu’il consomme excessivement.

La division de l’art

Avant qu’on en vienne à disserter plus particulièrement sur cet art, il est nécessaire de le diviser. Il doit ainsi être su que dans celui-ci comme pratiquement tous les autres arts, les hommes aussi abandonnent la véritable science en espérant peut-être devenir victorieux plus avec le mensonge qu’avec la vérité, car ils ont trouvé un nouveau moyen de s’escrimer plein de feintes et de tromperies. Cependant comme celles-ci peuvent parfois être utiles contre ceux qui sont timides ou ignorants des principes, je me suis forcé de diviser cet art en deux, nommant l’un le véritable et l’autre le fallacieux. J’avertis cependant tout le monde que le fallacieux n’est d’aucun profit contre le véritable art, mais qu’il est plutôt bien dangereux et mortel pour celui qui l’utilise.

Je laisse donc de côté pour le moment le fallacieux duquel je traiterais ensuite à sa place et je me concentre sur le véritable, lequel est le vrai et principal désir de notre cœur, à supposer que le jugement le plus proche de la vérité soit toujours supérieur dans toutes les occasions. Je dis donc à tous ceux qui veulent pratiquer ce métier qu’il est nécessaire d’avoir un grand jugement, un cœur vaillant et une grande rapidité, car tout cet exercice est maintenu par ces trois choses.

De l’épée

Bien que les armes offensives et défensives soient d’un nombre infini parce qu’il me parait qu’on peut appeler arme et pas autrement tout ce que l’homme peut opérer pour offenser les autres ou pour se défendre, soit en les lançant soit en les tenant en mains, celles-ci sont donc indénombrables comme je l’ai dit, outre que cela serait fatiguant de vouloir traiter de toute, cela serait aussi sans doute inutile parce que les principes et conseils que je donne ici serviront à toutes les armes utilisées ou qui peuvent être utilisées. J’abandonne donc toutes celles-ci pour maintenant, car elles ne seront pas de notre propos et je dis qu’il n’existe pas d’armes plus honorables, plus fréquentes, et plus simples que l’épée parmi toutes les armes utilisées jusqu’à ce jour.

Donc nous commencerons par celle-ci et sur comment la véritable science de cet art se fond sur elle seule, cela, car elle est d’une longueur moyenne, frappe de taille et de pointe et qu’elle s’assimile avec beaucoup d’autres.

Il doit être su que comme elle n’a pas plus que deux tranchants et une pointe, on ne peut pas frapper et se défendre avec autres choses que ceux-ci, aussi tous les coups de taille, droits comme revers forment soit un cercle soit une partie d’un cercle duquel la main est le centre et dont le rayon est longueur de l’épée et donc il est nécessaire de faire un grand tour si l’on veut frapper de taille.

Ou bien pour estoquer, je dis qu’il est nécessaire d’être rapide des mains et de connaitre le temps avantageux, ce qui consiste à savoir quand sa propre épée est plus proche pour frapper que celle de l’ennemi. Parce que si l’ennemi tourne son épée d’un bras pour frapper, se retrouvant dans ce cas loin d’un demi-bras, on ne doit pas chercher à se défendre, mais à frapper, parce qu’en l’atteignant avant on arrêtera la chute de l’épée ennemie.

Et comme on est bien contraint de défendre certains coups de taille, on doit pour plus de sûreté et de facilité aller à leurs encontre derrière le milieu de l’épée ennemi, là où elle vient à manquer de force, et où l’on se retrouvera plus proche pour frapper l’ennemi.

Quant aux coups d’estoc très dangereux, on doit procéder de rester avec la vie, les pieds et les bras de telle sorte qu’il ne soit pas nécessaire de perdre un temps quand on veut frapper, chose qui arrive quand on reste avec le bras bien devant, ou avec les pieds bien en arrière, ou avec la vie désordonnée, et dans quels cas il sera nécessaire de retirer le bras ou de s’aider des pieds, ou de faire un mouvement de la vie avant de pousser l’estoc ce qui laisserait la possibilité à l’ennemi de pouvoir frapper avant que l’on frappe. Mais si l’on est toujours dans la façon voulue que l’on démontrera après, et que l’on constate qu’il y a moins de distance depuis notre pointe que depuis celle de l’ennemi, alors dans ce cas on doit pousser l’estoc avec une courageuse rapidité pour atteindre en premier.

Division de l'épée

La division de l’épée

Les effets de la longueur de l’épée ne sont pas égaux en toute partie, il est d’ailleurs raisonnable outre d’en faire connaître la cause, de retrouver les noms et propriétés de chacune de sorte que tout le monde puisse facilement savoir avec quels côtés il doit frapper et avec lesquels il doit défendre.

J’ai dit auparavant que dans la frappe l’épée forme un cercle ou une partie d’un cercle dont la main est le centre. L’épée est similaire à une roue dans les frappes et il est évident qu’une roue qui tourne a plus de force et de vitesse à sa circonférence qu’à son centre. Il m’a paru de diviser l’épée en quatre parties égales desquelles celle la plus proche de la main, comme plus proche de la cause s’appellera première, la suivante seconde, puis troisième et enfin la quatrième partie qui contient la pointe. Nous utiliserons ces troisième et quatrième parties pour frapper parce qu’elles sont les plus proches de la circonférence et sont donc les plus rapides. Et dans la quatrième, l’épée sera plus rapide et plus forte que partout ailleurs non pas à la pointe, mais quatre doigts plus à l’intérieur. Parce qu’outre le fait d’être dans la circonférence là où il y a une plus grande vitesse, il y a également quatre doigts de fer en contrepoids qui donnent une plus grande fureur.

Les deux autres parties, la première et la seconde, nous les utiliserons pour les défenses parce qu’en tournant peu elles ont peu de force pour frapper, mais elles sont plus fortes pour résister à la poussée, car elles sont les plus proches de la main.

Le bras n’a pas non plus la même force et rapidité dans toutes ces parties, et celles-ci se différencient ainsi à chacune de ses pliures qui sont la jointure de la main, le coude et l’épaule. Les coups du nœud de la main, c’est-à-dire de la jointure de la main, sont les plus rapides, mais ils manquent de force. Ceux des deux autres eux sont plus forts, mais plus lents parce qu’ils font un plus grand tour. Ainsi, par mon conseil, on ne doit pas faire de tour de l’épaule si l’on veut frapper de taille parce que l’on porte l’épée loin trop et que l’on donne un temps à un ennemi habile pour qu’il entre en premier. On utilisera donc seulement le tour du coude et du nœud de la main, ceux-ci outre qu’ils sont rapides sont également forts quand on tire.

Division du bras

Que chaque coup d’estoc frappe circulairement et comment l’on frappe droitement en attaquant d’estoc.

Ayant dit ci-dessus et posé comme un des principes de cet art que la ligne droite est plus rapide que les autres, ce qui est vrai, je n’ai point besoin de démonstration. Ensuite, ayant comme vrai sujet que la frappe d’estoc est une frappe droite, cela n’est tout simplement pas vrai. Et il me semble raisonnable qu’avant que l’on aille plus en avant de démontrer comment les coups d’estoc frappent circulairement et droitement, ce que je m’efforcerai de faire avec le plus de clarté et de breveté possible. Aussi, je ne m’étendrais pas à parler des coups de taille et comment ils frappent tous circulairement, car cela est abondamment et clairement traité dans le chapitre sur la division du bras et de l’épée.

Venons-en donc à ce dont j’ai l’intention de traiter ici principalement, je parlerai en premier de comment le bras frappe d’estoc circulairement.

Il est une chose claire que je veux dire c’est que tous dessins de forme droite ou longue, quand ils ont une extrémité ferme et immobile et que l’on bouge l’autre extrémité, forment toujours et nécessairement une partie d’un cercle avec ce déplacement. Le bras ayant cette forme avec sa partie fixe et immobile dans l’épaule, il n’y a aucun doute ici que quand l’on bouge seulement avec la partie du dessous que l’on forme un cercle ou une partie de celui-ci. Cela chacun peut le reconnaitre en bougeant son propre bras.

Si cela est nécessairement vrai, il sera aussi vrai que toutes les choses qui seront attachées à ce même bras se déplaceront du même mouvement circulaire que celui de ce bras. Cela est mon premier propos.

J’en viens donc au second où je montrerai les raisons par lesquelles en frappant de pointe l’on frappe droitement. Je dis que chaque fois que l’épée sera déplacée du seul mouvement du bras, elle formera toujours et nécessairement un cercle pour les raisons déjà dites. Mais s’il advient, comme presque toujours, que le bras en se déplaçant trace un cercle vers le haut et que la main en se déplaçant au poignet forme une partie d’un cercle vers le bas, alors il arrivera que cette épée se déplace vers l’avant dans deux sens contraires et qu’elle puisse frapper droitement.

Et pour que cela soit plus clairement compris, j’ai dessiné la présente figure pour la compréhension et le discernement de comment le bras se déplace en portant avec lui l’épée, et qu’à l’occasion de ce même mouvement de poussé, l’on forme un cercle vers le haut, et que la main se déplaçant au poignet peut lever et abaisser la pointe. Donc, si cette main abaisse la pointe de l’épée d’autant que le bras lève la main, il adviendra que l’épée aille à frapper d’une pointe droite, ce que l’on désire.

Il existe donc le cercle AB qui est réalisé par le mouvement du bras. Si ce bras porte dans son mouvement l’épée et veut aller frapper droitement au point D, il ira nécessairement de par son mouvement frapper le point B. Et de cela nait la difficulté de frapper avec justesse d’estoc. Si donc on veut que ce même bras frappe droitement au point D, il sera nécessaire que le poignet de la main se bouge circulairement vers le bas et forme le cercle AC d’autant que le bras élève la main. En tirant avec cela la pointe de l’épée vers le bas, on la fait par nécessité aller frapper au point D, ce qui n’adviendrait pas avec le seul mouvement du bras qui se déplace sur le centre C.

Si l’on veut pousser un estoc de l’épée, il est donc de mon avis manifeste que cette frappe ne soit pas simplement réalisée d’un seul mouvement droit, mais qu’elle est de la vertu de deux mouvements circulaires, du bras et la main. Et je nommerai cela dans toute l’œuvre frapper par la ligne droite, ce qui pour les raisons dites est convenable.

Frapper d'estoc en ligne droite - 800px


Une grande considération est demandée aux pas dans cet exercice, parce que de ceux-ci quasiment plus que d’autres choses naissent les offenses et les défenses. De même, la vie doit être tenue ferme et résolue dans toutes les entreprises, tournant vers l’ennemi plus rapidement avec l’épaule droite qu’avec la poitrine et cela pour faire manquer la cible autant que possible. Et si l’on doit la tenir penchée d’un certain côté, il faut faire en sorte qu’elle penche plus rapidement en arrière qu’en avant afin d’être loin de l’offense. On ne peut généralement jamais bouger la vie d’un quelconque côté plus que l’on ne peut déplacer la tête du même côté.

Cependant, quand on veut aller frapper, on pousse devant les pieds ou les bras suivant ce qui est le mieux dans ce cas, parce que s’il advient qu’on puisse atteindre l’ennemi gaillardement sans avancer d’un pas, on doit alors faire seulement usage des bras en tenant toujours bien la vie ferme et immobile d’autant qu’on le peut et qu’il est nécessaire.

Donc je ne loue pas la manière d’escrimer de ceux qui chaque fois se font soit petit, soit grand, soit tordu d’un côté, soit de l’autre, pour ressembler à un serpent, parce que tout cela sont des mouvements qui ne peuvent pas se faire en une fois. Donc s’ils sont bas, il est nécessaire pour frapper en haut que d’abord ils s’élèvent, et ils peuvent être frappés dans ce temps. Il en va de même quand ils sont tournés d’un côté ou de l’autre.

On restera ainsi dans la façon dite en se forçant le plus possible quand on veut frapper ou se défendre de faire cela non pas en deux temps et deux mouvements, mais si possible en un demi-temps ou mouvement.

Quant au déplacement des pieds desquels naissent les grandes offenses et défenses, j’ai vu beaucoup d’exemples qui causent le mouvement comme on le sait parfaitement et avec raison, dans les lices comme dans les querelles où tous disent qu’ils ont fait une victoire honnête. Ainsi les mouvements trop nombreux et sans raison sont la cause de grands dégâts et de honte.

Et comme on ne peut pas donner une mesure précise de par la diversité des hommes, grands ou petits, parce qu’à certains de ceux-ci il est commode de faire un pas d’un bras et à d’autres d’un demi ou bien plus, pour cela je dis que chacun devra former toutes les gardes avec un pas moyen de sorte qu’il puisse parfois s’allonger d’un pied s’il veut s’avancer en frappant, et d’autre fois les resserrer pour se sauver sans danger et sans tomber.

Et parce que dans cet exercice les pieds se déplacent de diverses façons, il est bon de dire les noms de chacune de celles-ci qui seront souvent utilisées dans toute l’œuvre.

On doit donc savoir que les pieds se déplacent soit en ligne droite soit de façon circulaire. On peut se déplacer en ligne droite soit en avant soit en arrière. Et en avant, on peut le faire en se bougeant d’un pas entier, ce qui signifie que l’on porte le pied arrière devant en tenant ferme celui qui était devant, ce pas pouvant être parfois droit, parfois oblique. Droit signifie en ligne droite, mais cela arrive rarement. Oblique signifie que le pied arrière se porte toujours devant, mais de travers, en portant la vie dans cette même avancée hors de la ligne droite où se trouve le danger.

Le même pas se fait en arrière, mais l’on utilise plus le pas droit que l’oblique vers l’arrière.

La moitié de ce pas, en arrière ou en avant, se dénommera demi-pas, c’est-à-dire quand on porte pied le pied arrière pour l’arrêter auprès du pied avant et quand on avance celui de devant. Similairement, on le fait en ramenant celui de devant, l’arrêtant auprès de celui dernier, retirant ensuite celui de derrière. Ces demi-pas s’utilisent beaucoup de façon droite ou oblique.

Nous avons donc les pas droits et obliques, en avant et en arrière, et de même les demi-pas en avant et en arrière, droits et obliques.

En circulaire, on n’utilise rien d’autre que les demi-pas. Ceux-ci se font alors quand en ayant formé le pas, il est nécessaire de tourner l’un des pieds, celui de derrière ou celui de devant dans la partie droite ou gauche. Donc nous avons les pas en cercle qui se font quand le pied arrière étant bien derrière se déplace dans la partie droite ou gauche. Ainsi que quand celui de devant, restant toutefois devant, se bouge également à droite ou à gauche.

Avec tous ces pas, on peut se déplacer de tous les côtés, avancer et se reculer.

Schéma des déplacements
Schéma des déplacements de Di Grassi, version italienne à gauche, version anglaise à droite

La convenance des pieds et de la main

La jambe droite doit toujours être la force de la main droite, et similairement la gauche pour la gauche. Donc, chaque fois qu’il arrivera qu’on pousse un estoc, on veut qu’il soit accompagné de la jambe parce qu’autrement on risque de tomber de par la furie et aussi du poids qui est hors de la ligne perpendiculaire de la vie sans aucun soutien.

Et l’on doit savoir que l’on augmente ou décroit naturellement d’autant le pas que la main. Cependant, on voit que quand on a le pied droit derrière la main, la main se retrouve là également. Et si l’on est forcé de rester d’une autre façon alors l’on fait violence à la nature et on ne peut pas l’endurer. Donc quand on forme une garde en tenant la main large, le pied également se conduit par force vers ce côté, quand on a la main basse, de même le pied droit est devant, et si l’on veut lever la main en l’air, il est aussi nécessaire de retirer le pied. Et d’autant est distant le lieu d’où est partie le pied pour s’unir à l’autre pied, d’autant est distant le lieu d’où est partie la main à l’endroit où elle s’arrête, plus ou moins. Donc, de par tous les précédents avertissements on devra beaucoup se soucier de bouger le pied en temps avec la main, et par-dessus tout de ne pas faire de saut, mais de toujours avoir un pied ferme et stable et de le doit bouger avec une grande raison, généralement en convenance avec la main, laquelle ne doit point varier par aucun accident de son propos qui est de frapper et de défendre.

convenance pied et main

Des gardes

Les gardes dans les armes sont des lieux ou des positions tels qu’on bloque les offenses ennemies, et elles sont comme des boucliers ou des murailles. Ainsi on ne pourra pas dire que quelqu’un est en garde si celui-ci ne connait pas la façon de se placer avec la vie et de tenir les armes de sorte qu’elles couvrent ou qu’elles peuvent facilement couvrir toute la vie. Une grande diligence doit donc être portée dans l’accommodement de la vie et des armes pour être en sureté. Et l’on doit à chaque fois se reposer dans celles-ci pour prendre un nouveau départ ou pour attendre que l’ennemi présente une occasion d’entrer.

Celles que l’on peut utiliser à l’épée seule sont au nombre de trois. Il ne peut pas y en avoir plus à mon avis, car on ne peut pas d’une autre façon se couvrir, se défendre et facilement offenser avec la seule ligne droite qu’est l’épée.

La garde haute

La garde haute

Cette garde haute qui peut aussi être nommée première, car elle est celle que forme chaque homme qui tire l’épée du fourreau. On peut d’autant la nommer garde que d’autant l’on tourne la pointe de l’épée vers le bas pour défendre toute la personne et aussi parce qu’en ramenant le pied de derrière on peut avec l’avancé du droit donner une grande imbroncade à l’ennemi.

Il est bon d’avertir que dans cette garde et dans les autres, il faut toujours tenir les armes disposées de telle sorte que la droite ligne qui sort de la pointe de l’épée aille frapper l’ennemi soit dans la face soit dans la poitrine. Parce que si on la tient par-dessus la tête, l’ennemi peut facilement entrer et frapper avant que l’épée ne tombe. Et si on la tient trop basse, l’ennemi peut la battre d’autant vers le bas pour la faire sortir de la vie afin de venir frapper en sûreté, ce que j’ai vu beaucoup de fois.

Garde Large

La garde large

Cette seconde se nommera de par sa disposition garde large parce qu’on éloigne le bras de la droite ligne d’autant qu’on puisse l’étendre à droite, en tenant l’épée aussi lointaine de la vie pour que de par l’éloignement de la voie l’ennemi entre bien qu’il que ne peux pas. Parce que bien qu’il advienne que la main et la poignée soient loin de la vie et à l’extérieur de la ligne droite, la pointe elle ne l’est pas, et de celle-ci naissent principalement les offenses. Cela parce qu’on la tient tellement pliée vers la partie gauche qu’elle ira frapper l’ennemi. Et de cette façon, elle pourra offenser et défendre. Mais si l’on tient la main, la poignée et aussi la pointe hors de la ligne droite, on risquera sûrement d’être offensé ce qui n’advient pas quand on la plie parce que de cette façon elle est comme un barrage à toute la vie.

Garde basse

La garde basse

Celle-ci aussi se nommera basse de par sa disposition. Ce nom donné par tous les professeurs de cet art est peut-être inconvénient, car elle est tellement plus forte, sûre et commode qu’aucune autre. L’homme peut plus facilement dans celle-ci offenser et défendre tout en se tenant avec peu de fatigue. Elle se forme de diverses façons suivant les écoles, en tenant la main basse devant le genou, ou très allongée devant, ou entre l’un et l’autre genou. Toutes ces façons en regard de la raison, de la nature et du mouvement, sont peu convenables parce qu’entre autres elles sont toutes si violentes qu’on ne peut pas les endurer. Et aussi elles sont telles qu’on ne peut pas frapper sinon qu’en deux temps, ou alors en un temps, mais avec peu de force. Donc, laissons toutes celles-ci et formons celle qui sera commode pour le temps, la nature et la sûreté. Celle-ci se fera en tenant le bras droit en bas proche du genou, mais à l’extérieur, l’épée avec la pointe un peu levée et vers le côté gauche afin d’offenser et défendre. Et comme de cette façon le bras se tient sans violence, on peut l’endurer longtemps. Et si l’on veut frapper, l’on peut dans un seul temps pousser un grand estoc, ce qui n’advient pas quand on tient le bras devant, car dans ce cas on devra le retirer pour frapper ou bien frapper dans un temps très faible.

On la formera donc avec le bras étendu en bas proche du genou, mais à l’extérieur de telle façon qu’on restera en sûreté et accommodé et que l’on puisse rapidement offenser et défendre.

De la façon de frapper

Sans aucun doute, l’estoc doit être préféré à la taille parce qu’il frappe avec moins de temps et aussi parce qu’il fait plus de dégât en frappant en moins de temps. C’est pour cela que les Romains qui furent victorieux dans toutes leurs entreprises faisaient utiliser par leurs soldats seulement les frappes d’estoc. Ajoutons comme raison que peu sont les coups de taille qui tuent bien que grands, alors que les estocs, bien que petits, quand ils entrent dans un corps de trois doigts, sont la plupart du temps mortels.

On aura donc pour règle ferme et immuable de frapper de la pointe chaque fois qu’on se trouvera avec celle-ci vers l’ennemi afin d’être plus rapide et de faire de meilleurs coups. Pour pousser cette frappe d’estoc avec la plus grande furie possible, le plus d’avantage et le plus loin, je préviens que l’on doit toujours tourner le pied gauche vers la partie arrière de sorte que toujours le pied arrière aille en tournant pour être tout le temps dans la droite ligne de la main et de l’épée comme le diamètre d’un cercle, mis sur le contour du cercle. À la fin du coup, on retire le pied arrière d’un demi-pas en avant et de cette façon le coup vient à être plus long et plus fort. Et l’on oppose à l’ennemi que l’épaule et le flanc de façon à être loin pour qu’il ne puisse pas frapper parce qu’il n’est pas possible de faire une plus botte plus longue que celle-ci.

Quand il est mieux de se défendre de taille

De quand il est mieux de frapper de taille

La taille n’est préférée à l’estoc pour aucune autre cause que pour le temps, la brièveté de celui-ci par-dessus toute autre chose dans cet art doit être mise en avant si on laisse l’estoc et la taille de côté. On doit donner pour ultime et principal conseil que le coup qui sera tenu pour être le meilleur est celui qui consommera le moins de temps. Il advient ainsi que la taille doit être préférée à l’estoc et nous parlerons de quand cela arrive.

J’ai dit quand je parlai des frappes d’estoc que l’on devait frapper de celui-ci quand la pointe est dans la ligne droite parce qu’alors on peut frapper dans un temps. Et comme la taille est différente de l’estoc, en n’étant pas dans la ligne droite, on la donne tout de même. Ainsi, quand il advient que la pointe de l’épée soit à droite ou à gauche ou en haut, de telle sorte qu’elle soit à l’extérieur de la ligne droite, si l’on veut alors aller frapper d’estoc, on ne peut pas le faire sinon qu’en deux temps, alors que frapper d’une taille droite ou reverse ou vers le bas se fait dans un temps.

On trouve également plus commode de frapper de taille chaque fois où l’on a l’épée dans la ligne droite et que l’ennemi la trouve avec la main et la bat d’un côté ou de l’autre. Dans ce cas, si l’on veut retourner dans la ligne droite pour frapper, on se fait une grande violence et l’on perd beaucoup de temps. Il sera donc bien meilleur et plus rapide de laisser aller l’épée vers le côté où l’ennemi l’a battu et de l’atteindre en faisant un cercle pour le frapper de taille et ajoutant toute la furie que l’on peut à ce mouvement. Ce coup étant tellement rapide et fort que l’ennemi trouve difficilement le temps de se couvrir, car il est déjà occupé à battre l’épée et à vouloir ensuite frapper en n’espérant pas que l’épée ennemie vienne rapidement de taille vers ce côté.

Des façons de défendre

Les façons de défendre les offenses de taille et d’estoc sont aux nombres de trois. L’une oppose les armes à l’offense de sorte que l’arme qui viendra pour frapper la tête ou la vie ne puisse pas atteindre le lieu vers lequel elle a été envoyée en se trouvant alors empêchée par quelque chose qui s’y opposera comme l’épée, le poignard, la rondache, la roncone, l’épieu ou toute autre chose qui sera dans ce cas en main parce qu’il n’arrive pas toujours que l’on ait des armes déterminées et formées à ce dessein, et de ne pas savoir offenser ni défendre sinon qu’avec des armes élaborées pour cette intention est une chose qui ne peut pas arriver aux soldats ou aux cavaliers. Donc on pourra dire que le soldat n’est pas un homme différent des autres de par son plus grand savoir du maniement de l’épée ou de la rondache, mais de par sa connaissance de ce qui le plus avantageux dans chaque situation et par son aptitude à se défendre avec jugement en utilisant ce qu’il veut et à offenser en sûreté, ce qui ne constitue rien d’autre que la véritable escrime. Ainsi celui qui pense pouvoir assimiler cet art parce qu’ils s’exercent à de multiples coups particuliers de pointe et de taille se trompe.

Parce qu’outre qu’avec ces choses particulières s’acquiert peu de science, les cas dans cet art sont si nombreux et variés qu’il n’est pas possible de prendre aussitôt une décision sans avoir la connaissance universelle de tous les avertissements et principes de l’art, lesquels sont fondés seulement sur l’offense et la défense et non sur l’épée seule, le poignard, la targe, la rondache, l’épieu et la roncone parce que l’on ne pourra pas toujours offenser ou se défendre en manipulant ces armes. Et il sera des fois nécessaire de se défendre d’un épieu avec du bois, d’une épée avec un banc ou d’un poignard avec une cape. Dans ces cas on n’utilisera pas en défense beaucoup de coups droits ou revers, mais on fera ce qui paraît alors naturel d’instinct, lequel instinct n’est autre que la connaissance des avertissements donnés. Et cette connaissance pour être naturellement dans l’esprit, il advient qu’elle provienne autant de l’art que de l’habitude, ce qui rend de cette façon l’homme sûr et audacieux pour oser rentrer dans tous les grands périls et faire à la vu de la qualité des armes et de la situation dans laquelle il est, les choses qu’il peut faire et savoir en combien de façon il peut offenser et se défendre. De ce jugement nait la connaissance de tout ce qu’il doit faire et de comment il doit opérer contre cela.

Mais retournons à notre propos sur la manière utilisée et commune de se défendre en s’opposant à l’arme, mais qui n’est pas pratique de la manière dont elle est employée. La raison est que quand on va à l’encontre et en opposition à l’arme qui vient pour nous offenser en ne croyant pas l’arme puisse défendre et en ne sachant pas comment elle peut défendre, on se retire avec les pieds et la vie et l’on commet toutes les erreurs suivantes.

En premier, qu’en se retirant l’on vient à l’encontre de l’épée ennemie plus sur la pointe où celle-ci a le plus de force et il est ainsi plus difficile de soutenir le coup.

L’autre est que si l’on veut ensuite frapper l’ennemi, il est nécessaire de retourner avec les pieds et les armes là où ils étaient en premier et également d’avancer encore plus en avant si l’on veut gaillardement frapper l’ennemi. On consume ainsi tellement de temps que chacun peut facilement s’en défendre, mais peut aussi commodément et sûrement offenser pendant ce temps.

Si l’on veut donc utiliser cette façon de se défendre sûrement, quand on va à l’encontre de l’épée ennemie il est nécessaire de ne pas reculer, mais d’avancer d’un pas oblique du pied gauche pour que l’on rencontre l’épée venant de taille devant dans la partie où elle offense le moins et d’où l’on peut facilement retenir le coup. Et si l’on voit venir l’estoc, on va trouver et pousser l’épée ennemie sur le côté d’un battement avec peu de mouvement pour éloigner l’offense de la pointe. Si on a dans les coups de taille comme dans ceux d’estoc cet avantage d’écarter la vie de la ligne droite où l’on est frappé et qu’on se trouve tellement proche et accommodé pour offenser l’ennemi qu’on le frappe quasiment dans l’instant, l’ennemi ne pourra pas assez se retirer pour fuir l’offense et il sera battu parce que l’on a le pas droit du pied droit qui va suivre et lequel est tellement fort et rapide que l’ennemi ne peut pas s’en défendre. J’utiliserai ainsi plus cette façon de se défendre que les autres, car elle me paraît la plus sûre et la plus rapide.

Une autre façon est quand on observe que l’épée de l’ennemi veut frapper de taille et qu’elle fait un grand tour, on frappe l’ennemi d’estoc avant que l’épée ne tombe. Ou bien, quand il veut frapper d’estoc en plusieurs temps, pareillement l’on frappe dans un temps plus court. Cette façon de se défendre est très utile et forcément la meilleure parce que personne ne court précipitamment dans les armes et quand elles comprennent qu’elles vont être frappées, celles-ci se retirent aussitôt et retiennent tous les coups qu’elles avaient déjà préparés à lancer. Et bien que certains ayant été frappé se jettent témérairement après nous, cela se fait rarement après qu’ils aient été frappés quand la colère les assaille, mais dans cet instant où ils frappent abandonnant tout dommage et qu’ils s’alarment et qu’ils s’affaiblissent de par le sang qui s’écoule toujours plus.

Ainsi, après que l’on ait été frappé, il est une chose utile de rester averti et de ne pas perdre son esprit de par la furie de la frappe, mais de garder à l’esprit qu’il y aura beaucoup d’inconvénient en retour à faire des choses de dédain.

La troisième façon est de fuir avec la vie pour sortir de la ligne droite vers l’un ou l’autre côté. Cette façon s’utilise rarement seule, mais accompagnée de l’opposition des armes ou de la seconde manière. Et si on l’utilise seule, on doit laisser aller à vide le coup et ensuite frapper l’ennemi dans le temps où le coup nous dépasse.

La méthode que l’on suivra dans le traitement des chapitres suivants.

Je dois dans les chapitres suivants arriver à démontrer et à enseigner plus particulièrement les offenses et les défenses dans chaque garde. Ainsi, aucun ne s’émerveillera que je ne veuille pas dans ces offenses et défenses noter tous les coups particuliers dans chaque garde et que l’on croit que ma doctrine est tronquée et incomplètes. En fait, j’ai l’intention de disserter seulement pour l’instant de ce qui concerne l’art véritable dans lequel les coups d’estoc sont les plus convenables, car ils sont plus rapides et plus forts que les autres. Nous traiterons donc de ceux-ci principalement en n’oubliant pas néanmoins de parler également des tailles quand on sera placé de telle sorte qu’ils seront commodes. Je parlerai ensuite de leurs défenses, bien que la meilleure défense à tous les coups de taille soient de frapper dans la ligne droite avant que l’épée ne tombe parce qu’on en empêche sa tombée en allant dans le temps plus rapidement. La règle donc que nous suivrons sera de donner pour chaque garde ses offenses et défenses de l’estoc principalement, et ensuite de la taille au besoin.

L’offense depuis la garde haute à l’épée seule

Le coup le plus véritable et sûr qui puisse se tirer depuis la garde haute est l’imbroncade, car elle est dans la ligne droite et va s’arrêter naturellement en garde basse de sorte que du début à la fin de ce coup l’on ne donne jamais de temps à l’ennemi pour rentrer en restant toujours avec la pointe vers lui. Et dans le déchargement de ce coup, je veux avertir qu’en premier l’on ramène le pied gauche auprès du droit et qu’on le laisse ensuite aller avec l’avancé du pied droit avec la plus grande furie possible et en s’arrêtant en garde basse.

Il est bien vrai que l’on peut tirer aussi un maindroit et un revers à la tête, ou bien encore en bas avec le poignet. Mais pour tirer ce coup de taille en haut ou en bas, l’on ne peut pas si peu tourner la pointe de l’épée sans l’éloigner de la ligne droite de la longueur d’une épée, et en faisant cela on donne le temps à l’ennemi de frapper avant qu’elle ne revienne. Pour cela je ne conseillerai à personne de les utiliser seul ou les deux ensembles, mais plutôt entre deux imbroncades se suivant l’une derrière l’autre, s’il advient qu’elles soient esquivées, jusqu’à la dernière imbroncade, laquelle ensuite s’assurera en garde basse. La façon de les utiliser est celle-ci.

Si l’on se retrouve, avoir poussé l’estoc depuis la garde haute sans offenser, pour rester couvert de l’épée ennemie, on doit aussitôt tourner le maindroit du poignet à travers la tête en tournant un peu le pied arrière dans la partie droite pour allonger le plus cette taille, laquelle de par sa nature est le plus longue de tous les coups.

Si l’ennemi se couvre de cela, ce qui est assez difficile, on doit tourner aussitôt le revers du coude en avançant le pied arrière d’un pas oblique. Et je dois avertir que pratiquement toujours quand l’on tire du revers que l’on doit utiliser ce pas oblique pour sortir de la ligne droite dans laquelle l’on peut facilement être frappé en tirant ce revers. Le revers tiré, touchant ou non, on doit aussitôt ramener un peu l’épée ce qui vient à être utile de par le fait qu’ayant frappé avec le revers, ce ramené entaille et fait une grande blessure. Ainsi il doit être su que l’on devra tirer tous les coups de taille de sorte qu’ils entailleront parce qu’ils font peut de dommage directement.

Je retourne donc à mon propos et je dis qu’aussitôt qu’on retire l’épée, on doit avec le pas droit du pied droit chasser l’estocade basse déjà préparée, laquelle est tellement forte, commode et avancée qu’elle rompra tout obstacle. Et tous ces coups qui commencent de l’imbroncade jusqu’à l’estocade basse étant tirée les uns derrière les autres avec la rapidité qu’ils exigent sont quasiment imparables. Et il y a dans ceux-ci tellement d’avancées qu’il est quasiment impossible à quelqu’un de pouvoir se retirer autant en arrière d’autant que l’on avance en avant.

La défense de l’estoc de la garde haute

Toute la furie de la frappe décrite avant sera nulle et vaine quand on ira se protéger et rencontrer en premier l’estoc de la façon dite. Pour cette défense, il est nécessaire de se retrouver en garde basse, et voyant arriver l’estoc, d’aller à son encontre par l’extérieur avec le tranchant en avançant dans le même temps d’un pas oblique du pied droit, lequel pas nous déplace hors de la ligne droite et dans la partie droite de l’ennemi. Et l’on doit rester attentif de toujours tenir la pointe de l’épée vers l’ennemi de sorte que s’il va en avant il vient de lui-même se blesser, ce qui peut facilement arriver d’autant plus quand il vient frapper avec résolution. Ou même s’il ne vient pas autant en avant qu’il ne rencontre pas l’épée, il peut être frappé avec sureté avec l’avancé du pas droit, lequel fait, on devra aussitôt repartir d’un pas oblique bien que l’ennemi ait été frappé dans la première avancée parce que cette frappe est de peu d’importance vu qu’elle ne lui aura pas atteint l’œil. Ainsi, aussitôt qu’on aura fait le pas oblique, on avancera d’un autre pas droit, lequel pas avancera tellement contre l’ennemi que l’épée va de fait lui passer par la poitrine, et il arrivera qu’elle soit poussée jusqu’à la garde.

Quant aux maindroits et revers hauts, on devra pour se défendre de ceux-ci se suffire des avertissements que le coup de taille fait un tour, que l’estoc est plus rapide, et que ce qui est plus prêt atteint plus rapidement, on frappera ainsi d’estoc sous les coups de taille.

Je donne une autre façon de se défendre, étant celle-ci aussi une chose naturelle, je dis que l’on peut rencontrer le maindroit avec le tranchant en poussant dans le même temps la pointe au visage en tournant le pied arrière à droite dans la partie droite pour allonger le plus possible l’estoc et pour être le plus couvert derrière l’épée. Et cette façon de se défendre est apprise contre tous les maindroits hauts parce qu’elle est meilleure que toutes les autres par le fait que non seulement elle frappe, mais qu’elle défend dans le même temps. On nomme cette défense l’estoc renversé.

Si on veut défendre le revers, on opposera bien le tranchant vers l’extérieur et on avancera d’un pas oblique en frappant ensuite avec une avancée du pas droit de l’estoc préparé. Et avec cette façon, on a dit tout ce qui peut être utilisé pour défendre un revers haut en voulant s’opposer à l’épée. Et celle-ci est la même manière qui s’utilise aussi pour se défendre de l’estoc.

L’offense depuis la garde large

La principale, véritable et plus sûre botte que l’on puisse utiliser dans cette garde est l’estocade, tirant d’abord le pied gauche auprès du droit et la poussant ensuite avec l’avancé du pied droit, s’arrêtant en garde en basse.

On peut aussi dans cette garde avec cette avancée du pied tirer un maindroit du poignet qui va aussi s’arrêter en garde basse. Et l’on peut aussi tirer un revers bien que cela soit avec un grand déconfort. Mais il me paraît qu’on ne doive pas l’utiliser celui-ci, car il sort trop de la ligne droite dans laquelle seulement l’on frappe sûrement. Et il en va de même pour le maindroit pour la même raison. Ainsi l’on doit s’assurer seulement de l’estoc, lequel je ne pousse pas sinon avec grande commodité ou nécessité, car non seulement il peut être défendu avec une grande facilité, mais on peut aussi être frappé sous celui-ci de façon quasi sure comme nous montrerons dans les défenses. Ainsi donc le plus sûr à faire quand on se retrouve dans cette garde est d’attendre l’ennemi.

Défense depuis la garde large.

Si l’on veut se défendre des coups qui naissent depuis cette garde large, il est bon de se retrouver à son encontre en garde basse. Parce que si l’on est opposé dans cette même garde, non seulement il ne pourra pas facilement entrer et il est très difficile de se défendre. Ainsi se retrouvant dans la garde basse on peut facilement et aisément défendre le maindroit et le revers avec la poussée (d’estoc), parce qu’on atteindra en premier. Et si l’on veut aussi s’opposer à l’épée et non seulement juste le frapper, on devra rencontrer l’épée ennemie avec le tranchant, la tournant ensuite aussitôt pour frapper de revers à la face ennemi. Et avec ce tour de main et cette taille, il sera bien de porter le pied avant d’un demi-pas oblique dans la partie droite et de s’arrêter en garde large.

Pour la défense du revers, on doit rester attentif et attendre que l’ennemi enlève la pointe de l’épée de la ligne droite parce qu’il est forcé de la tourner, et dans ce temps en faisant un pas droit on doit prendre la main d’épée de l’ennemi avec la main gauche et le frapper dans le même temps d’un estoc déjà préparé par dessous.

Pour la défense de l’estocade, on doit utiliser la même défense que celle du maindroit. Et entre ces deux défenses, il n’y a pas de différences à part que l’on peut dans le temps du tour pousser l’estoc sous le maindroit et l’atteindre en premier, alors qu’il est nécessaire d’être couvert contre l’estocade, car elle vient par la ligne droite et qu’on n’aura aucun avantage ou temps pour l’atteindre en premier.

L’offense depuis la garde basse

On peut pareillement dans cette garde comme dans les autres frapper d’estoc, de taille droite et reverse, mais le véritable et principal dessein de celle-ci est d’attendre l’ennemi. Parce que dans celle-ci on peut menacer suffisamment l’homme sans se fatiguer, et aussi parce qu’il y a beaucoup de façon de se défendre avec rapidité de tous les coups, hauts comme bas, car étant au milieu l’on peut facilement s’élever ou s’abaisser. Se retrouvant donc dans cette garde, on ne doit pas pour son avantage être le premier à frapper de maindroit ou revers parce que l’un et l’autre s’écartent de la ligne droite et peuvent être cause de mort en donnant le temps à l’ennemi de rentrer rapidement d’estoc. Seul l’estoc peut s’utiliser si l’on veut être le premier à frapper, on peut le tirer à l’intérieur ou à l’extérieur. J’avertis cependant que dans l’une et l’autre façon l’on doit avoir le bras dans une position dans laquelle il n’est pas nécessaire de le retirer avant de pousser l’estoc. Et voyant l’ennemi se défendre de cet estoc avec l’épée de travers comme certains ont coutume, on doit alors avancer d’un pas droit et élever la main d’épée en faisant aller la pointe vers le bas entre l’épée et la vie, à la vie de l’ennemi, poussant un estoc avec l’avancé du pas droit du pied droit. Et cet estoc frappe ainsi facilement parce que l’on va en avançant et continuellement dans la ligne droite de telle sorte que l’ennemi ne peut rien faire d’autre que de se retirer. Et généralement quand on frappe par l’extérieur, on se retrouve de telle sorte que l’épée est sûre de la traverse.

Défense depuis la garde basse

Étant sûre et facile, je ne parlerais pas de la défense du maindroit et revers depuis cette garde, me restreignant maintenant seulement à l’estoc duquel si on ne s’en défend pas dès le début peut être cause de mort. Donc si cet estoc est tiré à l’intérieur, on doit le battre avec le tranchant par l’intérieur et cela se nomme une volte de la main à l’intérieur, en tournant d’autant le pied arrière dans la partie droite que la main va vers la gauche. Et ayant trouvé et poussé l’épée ennemie, on doit tourner la main et tailler de revers à la face en portant toujours bien le pied avant du côté où va la main.

Si cet estoc vient par l’extérieur, il est nécessaire de le pousser avec le tranchant et d’une volte de la main à l’extérieur en avançant dans le même temps d’un pas oblique au moyen duquel on enlèvera la vie de l’offense. Puis en avançant d’un autre d’un pas droit, on poussera l’estoc préparé et on ira frapper l’ennemi en sûreté.

La fin de l’épée seule.

épée et poignard

 

De l’épée et le poignard

Étant arrivé le plus brièvement possible à la fin de ce que l’on peut traiter sur la véritable science de l’épée, il parait convenable, en allant du plus simple au plus compliqué, de traiter en premier de ces armes autres que l’épée seule qui sont les plus simples, ou les moins compliquées. Et particulièrement de celles que l’on utilise le plus aujourd’hui et avec lesquelles des hommes s’exercent le plus. Celles-ci sont l’épée accompagnée du poignard, ce qui est une amélioration tant en offense qu’en défense.

Ainsi, il doit être su qu’avec ces armes et des similaire que l’on peut exercer cette façon de s’escrimer tant désirée et estimée, qui dit de parer et de frapper dans un même temps. Laquelle est tenue pour impossible à l’épée seule bien que cela ne le soit pas parce que l’on peut offenser dans la défense de certains coups comme les tailles droites et les revers, hauts comme bas, ainsi que pour d’autres dont je ne parlerai pas ici. Donc dans ces armes où l’une peut assister l’autre, on peut se défendre et frapper avec une grande commodité.

On doit donc savoir que ces armes étant au nombre de deux et qu’une étant plus petite que l’autre, que l’on doit donner pour chacune la partie de défense et d’offense qu’elle peut supporter. Ainsi, le poignard étant court, on doit lui donner à défendre tout le côté gauche jusqu’au genou. Et l’on donne à l’épée toute la partie droite ainsi que la partie gauche et droite ensemble en dessous du genou.

Il ne doit pas paraître étrange que le poignard seul doive défendre tous les coups du côté gauche, parce que celui-ci peut supporter facilement tous les grands coups de taille quand on va à l’encontre de l’épée dans la première et seconde partie. Mais on doit s’assurer de ne jamais soutenir le poignard à l’encontre de l’épée dans la troisième ou quatrième partie, celles-ci ayant trop de force et ne peuvent pas être soutenues par le poignard seul.

Cependant, l’on ne doit aucunement s’habituer à défendre les coups avec l’épée et le poignard ensemble, cette façon de se défendre est aujourd’hui utilisée par tous, croyant ainsi mieux s’assurer alors que ce n’est pas le cas. Parce que si on lie l’épée et le poignard de cette façon, on ne peut pas offenser sans en premier ramener les armes, et ainsi l’on consomme deux temps pendant lesquels l’on serait frappé si celui qui attaque continue dans la droite ligne sans abandonner son avancé en voyant que l’ennemi perd la raison dans sa défense. Et si cela n’est pas très souvent vu, c’est parce qu’ils ne connaissent pas cet avantage ou que le connaissant, ils ne soient pas assez rapides pour l’exécuter, ou qu’ils ont peur. Laissant donc cette façon de se défendre, on s’emploiera à opposer une seule arme à l’épée ennemie en tenant l’autre libre de pouvoir offenser à son plaisir.

Et il doit bien être su qu’avec le poignard seul, l’on peut soutenir et défendre non seulement les coups d’épée, mais également ceux d’autres armes bien que très grandes quand on s’assure d’aller les rencontrer vers la main.

On doit également savoir que l’on peut tirer avec ces armes des coups de taille avec moins de périls qu’à l’épée seule, parce que quand l’on bouge la pointe de l’épée de la droite ligne, l’ennemi n’est toutefois pas libre de frapper, car il y a une autre arme prête à défendre, ce qui n’advient pas à l’épée seule, laquelle quand elle s’éloigne de la présence pour frapper de taille permet à l’ennemi de nous atteindre en premier. Et pour cela, je ne conseillerai à personne, avec cette arme ou bien avec d’autres types d’armes, de s’habituer à tirer des coups de taille parce que l’on peut facilement être frappé d’estoc sous ceux-ci.

Des gardes

Il est habituel d’utiliser beaucoup de gardes avec ces armes, parmi lesquelles beaucoup n’ont pas de raison d’être parce qu’elles sont soit trop à l’extérieur de la droite ligne, soit telle que l’on peut facilement être frappé dans celles-ci. Et comme elles ne conviennent point à notre propos, nous les laisserons de côté en nous restreignant aux seules trois avec lesquelles l’on peut facilement offenser et se défendre. Toutes les autres pouvant facilement être réduites à ces trois-ci.

La façon de se défendre avec le poignard

J’ai dit auparavant que le poignard devait défendre le côté gauche de la personne au-dessus du genou. Et la partie la plus basse, tout comme le côté droit, doivent être défendus par l’épée pour plus de commodité et de sécurité.

Quant à ce qui doit être fait avec le poignard, l’on doit savoir que pour un plus grand avantage que le poignard doit être tenu devant avec le bras tendu et la pointe qui regarde l’ennemi, laquelle pointe, bien qu’éloignée de l’offense, donnera à réfléchir à l’ennemi, car elle est une pointe.

Ensuite, doit-on tenir le poignard avec le tranchant ou avec le plat vers l’ennemi ? Pour cela, l’on peut s’en remettre au jugement de celui qui l’opère suivant ce qui lui amènera le plus d’avantages. J’en ai vu certains qui le tiennent avec le tranchant vers l’ennemi, donnant comme avantage que quand on rencontre l’épée qui vient de taille ou d’estoc, dans la première ou seconde partie, et qu’on avance d’un pas en avant, qu’il est nécessaire de tourner la main et de mettre le tranchant du poignard où était avant le plat de sorte que cela pousse l’épée adverse au loin sans trop d’effort du fait que chaque petit mouvement dans la première partie de l’épée cause beaucoup de changement dans la pointe d’où viennent principalement les offenses. Et dans ce cas il sera très utile d’avoir un large poignard.

Les autres sont ceux à qui il plait de tenir le poignard avec le plat vers l’ennemi. Ils se servent en défense non seulement du poignard, mais aussi de sa garde avec laquelle ils disent faire des prises d’épée. Et aussi pour les faire plus facilement, ils ont sur leur poignard outre des quillons ordinaires, des ailettes de fer longues de quatre doigts, dirigées vers l’avant et de la largeur d’une corde d’arc. Quand il advient que l’ennemi pousse son épée dans cette distance, ils tournent aussitôt la main pour serrer l’épée faisant une prise de celle-ci, chose qui peut réussir, mais que je tiens plus pour être fantaisiste que pratique. Car dans la ferveur des armes où le dédain rencontre la peur, peu sont ceux qui discernent si l’épée est prise ou non, combien même ils en ont donné le discours et qu’ils maintiennent un jugement vif dans le combat. Il est besoin de s’appliquer à faire cela avec une connaissance accrue, et de discerner avec prudence les mouvements de l’ennemi, la proximité et l’éloignement, et de se résoudre à frapper au plus court pour que naisse la victoire.

Chacun tiendra donc le poignard avec le tranchant ou la face vers l’ennemi suivant ce qui lui est le plus commode et utile, et suivant ce à quoi il est le plus habitué. En le tenant avec le tranchant vers l’ennemi il a cet avantage que l’on peut frapper de taille avec le poignard, ce qui n’advient pas dans l’autre façon. Mais peu importe comment on le tient, l’on doit tenir le bras étendu devant avec la pointe de la façon dite pour pouvoir trouver l’épée bien avant qu’elle n’atteigne la personne.

Outre cela, l’on doit suivre sans faillir cette règle que quand vient un estoc ou une taille dans la partie gauche, il est nécessaire de les repousser à l’extérieur avec le poignard vers le côté gauche. Et de même, les défenses avec l’épée feront sortir les attaques par le côté droit. Parce qu’en faisant autrement, c’est-à-dire en poussant à l’extérieur au côté droit les coups à gauche, l’épée de l’ennemi ayant outre le mouvement de traverse qui lui est donnée en la frappant à l’extérieur, a également le mouvement avant donné par l’ennemi, l’un et l’autre continuant l’on peut être atteint par le mouvement avant dans une partie de notre personne avant que le mouvement de traverse l’ait poussé à l’extérieur. Ainsi, l’on repousse toujours les coups à l’extérieur vers le côté où il y a le moins de vie afin de sortir le plus rapidement du péril. Les coups qui viennent au côté droit sont poussés à droite, et ceux qui viennent à gauche seront de même sortis vers la gauche.

On doit parler maintenant de la forme des poignards, ils doivent être assez longs pour soutenir les coups forts de l’épée et aussi pour les rencontrer facilement. Et ils devront être assez courts pour pouvoir être rapidement tiré du fourreau. Ainsi on les choisira de taille moyenne.

La garde haute à l’épée et poignard

Cette garde étant naturellement la première comme je l’ai dit dans l’épée seule, il sera convenable de commencer par celle-ci. Elle peut se prendre de deux façons avec ces armes : soit avec le pied droit devant que nous nommerons première, soit avec ce même pied derrière laquelle s’appellera seconde. Cette dernière ayant la pointe de l’épée plus éloignée de l’ennemi demandera d’avoir plus de temps, alors que la première étant plus proche frappera plus rapidement avec seulement l’avancé du pied avant, mais elle n’apportera pas autant de force que la seconde qui quand elle frappe avec le pas droit joint la force du bras et de la main à celle de toute la vie.

Commençons donc avec la première, car l’homme se retrouve le plus facilement dans celle-ci. Je dis que l’on doit alors si l’on veut rester dans les limites du vrai art, tirer seulement de pointe avec l’avancée du pied avant et en s’arrêtant dans la garde basse.

Dans la seconde façon qui se forme avec le pied droit derrière, l’épée en l’air et le poignard tenu devant de la façon dite, dans celle-là de la même façon l’on doit pousser seulement des estocs avec le plus de force possible avec l’avancé d’un pas droit et en s’arrêtant dans une garde basse. On doit s’assurer de ne pas tirer de coup de taille avec ces armes bien que l’on sait avoir en main une arme défensive. Parce que celui qui se défend possède ce même avantage de pouvoir se défendre avec une arme, si possible avec la plus faible, et de frapper avec la plus forte de laquelle ensuite on se couvrira difficilement pour avoir déjà placé toute sa force et sa puissance dans la frappe du coup de taille. Il nous restera alors peu de vertu pour se défendre de ce grand coup. Ainsi on procédera en frappant d’estoc. Toutes ou la plus grande partie des tailles, données en offense comme en défense, seront traitées abondamment dans la partie sur les tromperies.

La défende de la garde haute à l’épée et poignard

Étant une chose superflue, je ne donnerai pas la manière avec laquelle l’on pare les coups de taille, ayant déjà dit qu’avec les estocs nous pouvons parer tous les coups de taille.

Pour se défendre donc des deux côtés, il est d’un grand avantage de se retrouver en garde basse avec le pied droit devant, dans quel cas on viendra à exposer à l’ennemi le côté droit vers lequel il dirigera ses estocs. On peut s’opposer à ceux-ci de trois façons qui sont : soit avec le poignard seul, soit avec l’épée seule, soit avec les deux ensembles. Mais dans chacun des cas, l’on doit toujours avancer d’un pas oblique au moyen duquel on enlèvera de la droite ligne la partie de la vie vers laquelle vient l’attaque.

Quand on se couvre avec le poignard seul, on avancera d’un pas avec le bras en avant, et ayant trouvé l’épée ennemie, l’on frappera de la pointe basse préparée avec une avancée d’un pas droit.

Si l’on se défend avec l’épée seule, il est nécessaire de faire un pas oblique, de lever l’épée et de la porter à l’extérieur. Ou bien si l’on a trouvé l’épée ennemie, il faut frapper avec le poignard dans le temps en arrêtant l’épée avec l’épée. Ou plutôt que de frapper avec le poignard, arrêter l’épée adverse avec celui-ci à l’épée ennemie, et de frapper d’estoc avec celle-ci avec l’avancée d’un autre pas droit. Mais il est beaucoup plus commode de frapper du poignard.

La troisième façon, après le pas oblique et avoir trouvé l’épée ennemie, l’on doit s’arrêter avec le poignard et en cavant l’épée frapper d’estoc par-dessous avec l’avancé d’un pas droit.

L’offense depuis la garde large à l’épée et poignard

J’ai donné comme principe universel pour toutes les armes et toutes les gardes que l’on ne doive pas tirer de coup de taille pour rester avantagé ou pour pouvoir frapper plus rapidement l’ennemi, car l’on peut être frappé avec facilité et avec peu de périls par-dessous notre attaque. Ces principes se doivent d’être bien observés en tout lieu et en tout temps. Et dans cette garde principalement, l’on ne doit jamais les oublier parce que dans celle-ci l’on ne peut pas frapper de taille sans grand déconfort et sans perte de temps. Donc il reste seulement l’usage de l’estoc, lequel se doit d’être tiré avec l’avancé du pied avant, avertissant que s’il est possible d’en premier pousser la pointe de l’épée ennemie avec le poignard.

Les défenses de la garde large à l’épée et poignard

Ici, comme pour les autres estocs, on peut se défendre de trois façons qui sont avec le poignard seul, avec l’épée seule, ou avec les deux ensembles. Mais pour se défendre de la façon que l’on veut, il est utile de se retrouver en garde basse.

Quand on parera avec le poignard seul, l’on doit avancer d’un pas oblique, trouver avec le poignard l’épée ennemie, et frapper aussitôt d’un estoc par-dessous avec l’avancé d’un pas droit.

Quand on se défend avec l’épée seule, ce qui est la meilleure de toutes les façons pour frapper l’ennemi et se défendre, il est de même nécessaire d’opposer le tranchant à l’épée ennemie et de pousser la pointe au visage en tournant bien le pied arrière circulairement pour allonger au plus la pointe et être le plus en sureté.

Il est possible de s’opposer à l’estoc avec les deux armes ensembles, mais cela est tellement inconfortable et une façon si impropre qu’il ne me convient pas d’en parler.

L’offense depuis la garde basse à l’épée et poignard

Dans toutes les gardes, chaque fois que l’on se retrouve avec la pointe vers l’ennemi, il est un grand désavantage de frapper de taille. Mais il y a certains cas où il est bien licite de frapper de taille comme quand l’homme se retrouver dans cette garde basse parce que c’est commode et que l’on consumera peu de temps à tirer quelques tailles entre les estocs. Ou bien l’on pourra facilement et rapidement, pour tenter l’ennemi, tirer une taille du poignet dans laquelle l’on consume peu de temps et où l’on enlève si peu la pointe de la ligne droite que l’ennemi pourra difficilement entrer pour frapper sous ces coups de taille. Mais il sera mieux de ne pas les utiliser et d’être résolu à tirer le plus rapidement estoc après estoc plutôt que des tailles.

Cette garde, comme la haute, peut se former de deux façons, c’est-à-dire avec le pied droit derrière ou devant. Celle avec le pied droit derrière est plus utile pour attendre l’ennemi que pour être le premier à attaquer. Cela parce que l’offense depuis cette garde, bien qu’elle soit d’une grande force en ayant l’épée aussi loin de l’offensé, consomme beaucoup de temps avant d’atteindre celui-ci et peut être facilement parée ou avec les armes ou avec le retrait d’un pas. Ainsi je parlerai seulement de celle avec le pied droit devant qui peut se faire de deux façons, en étant à l’intérieur ou à l’extérieur. À l’intérieur est quand l’épée se trouve entre l’épée et le poignard de l’ennemi, à l’extérieur quand elle n’est pas au milieu de ceux-ci.

Se retrouvant donc à l’intérieur au milieu de l’épée adverse, dans quel cas l’on a la pointe ennemie qui vient frapper au côté droit, on doit avec une grande vélocité avancer d’un pas oblique, mais quasiment droit pour se rapprocher au plus près de l’ennemi, et aussitôt bloquer l’épée ennemie au milieu avec sa propre épée et son poignard, et aussitôt avancer d’un pas droit et frapper d’estoc.

On peut, d’une autre façon et plus simplement, quand on se retrouve au milieu de l’épée, battre en premier la pointe de l’épée ennemie avec le poignard à l’extérieur de la ligne droite vers le côté qui se trouve être le plus commode, et dans ce temps avancer le pied devant et pousser avec une grande force un estoc à la face ou à la poitrine.

Se retrouvant ensuite à l’extérieur, on peut en avançant du pied avant pousser un estoc à la face. Par nécessité, l’ennemi viendra couvrir celui-ci de son épée, et dans cette parade il arrive qu’il porte la pointe de l’épée à l’extérieur de la ligne droite. Dans ce cas, l’on peut surement avancer d’un pas oblique et tourner rapidement un revers aux jambes. Ensuite, on ramènera aussitôt un peu l’épée et l’on poussera un estoc bas avec l’avancée d’un pas droit.

On peut dans cette seconde façon tirer une taille droite du poignet, le plus rapidement et le plus fort possible, pas autant pour le frapper que pour frapper l’épée adverse. Aussitôt qu’on aura trouvé celle-ci, l’on doit avancer d’un pas oblique en levant la main et chasser un estoc en haut avec l’avancée d’un pas droit.

Dans la troisième façon, on peut également frapper avec le poignet, et ayant trouvé l’épée ennemie, avancer aussitôt d’un pas oblique. Et s’il l’arrête avec le poignard, on pourra aussitôt caver l’épée et frapper d’un estoc en dessous avec un pas droit.

Et cela sera suffisant pour l’intérieur comme pour l’extérieur sur ce que l’on peut faire avec l’épée et le poignard dans cette garde quand on veut seulement faire selon le vrai Art et par la ligne droite.

Défense de la garde basse à l’épée et poignard

Bien que pour la défense des coups, dans toutes les autres gardes, une grande considération vous est nécessaire, dans celle-ci, il vous faudra en plus un excellent jugement et de la rapidité. Parce que cette garde s’oppose à toutes les autres, et la majeure partie des coups importants naissent de cette garde. Et l’homme s’arrête et se repose dans celle-ci plus que dans les autres, ce que je crois n’est fait pour aucune autre raison que de par la connaissance de pouvoir facilement se défendre et offenser dans celle-ci. Et aussi parce que comme on l’a dit dans l’offense, dans celle-ci plus que dans aucune autre façon, l’on peut tourner commodément des frappes de taille, bien que je ne considère pas qu’il soit bien de les utiliser. Et comme elles peuvent facilement arriver, je mettrai quelques défenses.

Je rappelle avant toute autre chose ce principe qui est que celui qui est le plus proche atteindra le plus rapidement. Ainsi en sachant de combien doivent voyager l’une et l’autre épée, on se résoudra à toujours frapper d’estoc sous les coups de taille, laquelle pointe nous protègera du tombé de la taille. Mais seulement ceux qui ont un bon jugement, qui sont rapide et ont du courage s’assureront de le faire. Aussi pour ceux qui se satisfassent de parer tous les coups, faisant en deux temps ce que l’on peut faire en un, ils pourront alors se défendre de taille à chaque fois que viendront des coups de taille qui seront droit ou revers, haut ou bas.

Au coup droit haut, on oppose soit le poignard seul, soit l’épée et le poignard ensemble. Quand on œuvre avec le poignard seul, on doit avancer d’un pas droit et lever la main pour rencontrer l’épée ennemie dans la partie la plus faible, et aussitôt qu’on trouvera l’épée ennemie avec le poignard, on avancera d’un pas droit et frappera d’un estoc bas préparé. Si l’on œuvre de l’épée et du poignard ensemble, on élèvera l’épée et le poignard ensemble et quand on aura rencontré l’offense, on taillera un revers à la face avec seulement un tour de la main s’arrêtant ensuite en garde large. Le coup droit bas ne doit pas se défendre d’une autre façon qu’en poussant un estoc à la cuisse de l’ennemi, lequel aura pour effet de frapper sous la taille en sureté et viendra à faire barrage et à bloquer l’épée ennemie pour qu’elle ne puisse tomber aux jambes. Et je veux que nécessairement dans la poussée l’on tourne le pied arrière dans le côté droit.

Le revers aussi sera haut ou bas. S’il est fait haut, on pourra se défendre soit avec le poignard seul en poussant un estoc bas avec l’avancée d’un pas droit dès que le poignard aura trouvé l’épée ennemie. Soit avec l’épée seule en avançant d’un pas droit avec le pied gauche en frappant d’un estoc déjà en hauteur pour la couverture et en avançant bien d’un pas droit du pied droit. Et cette façon de se défendre est plus selon l’art parce que j’ai dit que tous les coups qui viennent au côté gauche doivent être parés avec le poignard, et ceux au droit avec l’épée seule.

Le revers bas doit être défendu avec la poussée d’un estoc avec lequel on se défend en sureté, et l’on empêche et bloque l’épée ennemie pour qu’elle ne tombe pas aux jambes. On peut également s’en défendre de bien d’autres façons dont je parlerai dans les tromperies parce qu’elles n’ont pas leur place ici.

Dans la défense des estocs, l’on doit porter la vie hors de la ligne droite avec la plus grande attention, parce que cela est la défense la plus sûre qu’on puisse trouver contre les estocs parce qu’il est difficile de les trouver quand ils arrivent de près et avec furie. Quand la pointe vient à l’intérieur, on doit dans le temps où l’ennemi veut frapper, avancer d’un pas oblique en s’assurant de l’épée ennemie avec le poignard, et ensuite frapper d’estoc avec l’avancée d’un pas droit.

L’estoc à l’extérieur dans la première façon peut bien se défendre en avançant dans le temps d’un pas oblique afin d’éviter le danger, puis l’on frappe d’estoc avec l’avancée d’un pas droit. Et on se défend aussi ainsi des autres façons.

De même, quand l’ennemi tire un coup de taille du poignet pour provoquer, on fera attention à avancer d’un pas oblique aussitôt qu’il bouge le poignet, et à frapper d’estoc avec l’avancé d’un pas droit avant que l’ennemi ne puisse se résoudre à faire un autre coup suite à cette frappe.

Et ici se termine l’œuvre de l’épée et du poignard avec avantage et vérité.

1 Spinge : pousser, le plus souvent faisant référence à estoc.


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