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Alfonso Falloppia – Nouvelle et brève méthode d’escrime

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Cette édition comprend :

  • la traduction française complète ;
  • la transcription du texte original italien de 1584 ;
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TRÈS ILLUSTRISSIME ET TRÈS EXCELLENTISSIME Mon Seigneur.
Désireux de me faire connaître au monde entier comme le serviteur le plus dévoué de Votre Excellence, et ainsi, tel un jeune cerf qui ne porte plus sur son front le nom de César, mais celui de Rainutio Farnèse, d’être respecté partout où je me trouve, je n’ai pas su le faire par de meilleur moyen que de vous dédier ce petit ouvrage chevaleresque, composé pour le bénéfice universel des hommes galants, et pour confondre ces escrimeurs qui, soit ne savent pas, soit ne veulent pas enseigner certaines choses que la nature enseigne d’elle-même ; et dont le prix est convenu, comme les mécanismes qu’ils utilisent.
Je dis « chevaleresque », par opposition à ceux qui enseignent la fraude et la supercherie, et qui n’ont pas honte de proposer des armes que l’on ne voit jamais, sauf dans des cas imaginés et des assassinats manifestes, telles que les rondaches, les targes, les bocles, les boules de fer, les espadons et les armes d’hast, quels que soient leur nom ou leur type. Toutes ces armes me sont étrangères, car sous ce nom, je n’entends pas inclure d’autres sortes d’armes que celles qui sont propres, tant à la défense qu’à l’attaque, que tous le monde porte couramment tous les jours, à savoir l’épée, le poignard, la cotte de mailles et la cape (la cape pouvant pour l’instant être considérée comme une arme de défense).
C’est donc uniquement de celles-ci que j’ai l’intention de parler, car ce sont celles qui conviennent à tout gentilhomme, et auxquelles doivent se conformer un soldat et une personne d’honneur. Je serai si bref que je résumerai tout en sept gardes, ou règles, comme vous souhaitez les nommer. Trois porteront sur l’épée seule, une sur la cape et l’épée, et les trois autres concerneront le poignard et l’épée ; je ne négligerai toutefois aucun aspect, car ces sept règles engloberont toutes les autres. Je m’exprimerai de manière si simple que l’on me comprendra sans qu’il soit nécessaire de recourir à des illustrations.
Quant à l’utilité de cet art, puisqu’il concerne la préservation de l’honneur et de la vie, personne n’ignore qu’il en est ainsi. Je prie donc Votre Excellence de bien vouloir l’apprécier, non pas parce qu’il pourrait profiter à des princes de votre rang, qui sont protégés par leur propre autorité, mais parce qu’elle témoignera éternellement de ma dévotion et de ma servitude envers votre très heureuse et très illustre maison.

L’épée seule

En premier, je commencerai par parler brièvement de l’épée seule de cette façon, elle qui est la reine de toutes les autres armes.

Première garde

Tout d’abord, l’homme qui veut utiliser ce type d’arme doit adapter sa posture de la manière suivante : c’est-à-dire être de profil avec le pied droit devant, dans un demi-pas avec le genou droit légèrement plié. Le bras d’épée est étendu avec le poing à une paume au-dessus de la tête, en faisant que la pointe de l’épée soit perpendiculaire à la poitrine de l’ennemi.
Il donnera des coups d’estoc ou de taille selon ce qui lui paraîtra le plus opportun, en veillant à porter le coup rapidement, et à revenir rapidement à sa posture initiale. Il faut faire en sorte que les coups soient longs, en étirant le corps et en allongeant le pas autant que possible.
Et ayant pris cette habitude en s’exerçant beaucoup, il lui arrivera de faire de la même manière même dans la colère, comme si cela lui était naturel. Il pourra ensuite, dans cette garde, s’exercer à frapper de la main, à esquiver avec le corps, soit en arrière, soit sur le côté, selon les circonstances. Et cela peut servir à plusieurs occasions dans le jeu de l’épée pour cette première forme.

Seconde garde

Il existe également une deuxième forme plus basse, appelée « ligne droite », qui s’effectue en tenant le bras étendu dans le prolongement de l’épaule, de manière à ce que les quillons de l’épée soient tournés vers l’épaule de l’adversaire, en se couvrant parfois le visage sous les quillons, en inclinant la tête vers l’épaule de l’épée.
Et étant dans cette position, si l’ennemi te porte un coup de maindroit à la tête, tu peux le parer à l’intérieur, rencontrant au visage au même moment.
S’il te porte un coup de revers à la tête, tu peux le parer à l’extérieur et rencontrer au visage.

Sur la frappe à la jambe
Et s’il te frappe à la jambe alors que tu es dans cette position, tu peux rencontrer au visage ou plus bas, en ramenant la jambe près de l’autre. Et sache que la logique veut que, si quelqu’un te frappe à la jambe avec une épée seule, tu puisses rencontrer avec la pointe de ton épée au visage, sans aller parer avec l’épée à la jambe comme beaucoup le font.
Quand ceux qui jouent à l’épée seule en étant en ligne droite, et que l’un tombe à la jambe, celui-ci porte toujours la tête en avant, et s’il rencontre l’épée de l’ennemi (ce qui est facile), tu verras que l’épée du premier ne peut atteindre celle-ci.
C’est pourquoi je désapprouve le coup à la jambe, lorsque l’épée de l’ennemi est en présence, car cela comporte un grand danger. On peut bien frapper à l’épée seule à la jambe, mais il faut chercher le temps pour enlever l’épée de l’adversaire de la présence, ou bien parer la frappe en se couvrant, et riposter immédiatement à la jambe, en sautant rapidement en arrière pour échapper à la rencontre que l’épée peut faire au visage quand on descend à la jambe.
Avec l’esquive de corps sur le côté, tu peux frapper à la jambe, mais fais bien attention à l’emplacement de l’épée adverse, car si tu n’es pas assez rapide pour passer, tu risques d’être frappé à la tête, de maindroit ou de revers, selon le côté par lequel tu passes. C’est pourquoi je dis que frapper à la jambe avec l’épée seule est très dangereux si l’homme n’a pas beaucoup de temps pour le faire, ou s’il ne dispose pas d’une grande rapidité.
Si l’homme pare un coup destiné à la jambe avec son épée, cela est dangereux, car il risque de recevoir une frappe du poignet à la tête. Il ne faut donc pas parer ainsi, mais il vaut mieux pousser la pointe en ligne droite, en tirant légèrement la jambe vers soi et en tournant le corps, ce qui permettra de frapper facilement l’ennemi.

Sur les estocs
Deuxièmement, ceux qui jouent aussi à l’épée seule doivent savoir que lorsque l’un portera un estoc, tu peux le rencontrer avec ton épée et, dans le même temps, le blesser facilement : car il est très avantageux d’attendre que l’autre frappe. La raison en est que, en frappant le premier, il porte son faible dans ton fort. De sorte qu’étant en ligne droite, quelque soit l’endroit où il frappe, à l’intérieur ou à l’extérieur, tu peux facilement le rencontrer en tournant le poing vers la partie où l’ennemi vient frapper. C’est-à-dire que s’il tire vers l’intérieur, tu peux le rencontrer avec le fort en tournant légèrement le poing, de sorte que l’épée de l’ennemi restera hors de portée et que la tienne pourra frapper en premier. S’il tire de l’extérieur vers l’épaule de l’épée, tu peux le rencontrer avec le fort de l’épée, en avançant légèrement le corps vers le visage. Je précise que la partie forte de l’épée se trouve à un bras de distance de la garde en allant vers la pointe.

Sur le gain de l’épée
Et si l’ennemi veut gagner ton épée, sois vigilant, car lorsqu’il part avec son épée, avant qu’il ne prenne l’avantage sur la tienne, ne perds pas de temps à dégager, mais libère ton épée dans ce temps et entre, car lui prend deux temps, un pour gagner l’épée et un autre pour frapper, et toi tu ne fais rien d’autre que le mouvement pour ne pas le laisser gagner ton épée, et tu frappes dans ce même temps.
Et si par malchance, tu ne pouvais pas faire preuve de cette diligence et de cette rapidité et qu’il gagne ton épée, veille à ne pas forcer cela, car tu n’y parviendras pas. Mais tu pourras t’en libérer de la manière suivante, c’est-à-dire en reculant légèrement, en esquivant du corps, et ton épée sera libérée. Tu pourras alors suivre d’une frappe, soit en gagnant l’ennemi, soit en te mettant en garde pour entrer selon ce que le moment t’inspirera.

Sur les défenses
Si tu reçois un grand coup d’épée, pare-le avec le fort de ton épée et entre dans ce même temps, ainsi, tu pareras et frapperas facilement dans un même temps.
S’il te porte un estoc, et que tu n’as que ton épée, il faut garder un œil sur son épée pour savoir où peut tomber la pointe de son épée, et à quel point tu te trouves proche. Car si tu te trouves à proximité de l’ennemi, il faut connaître de quel côté tombe le coup d’épée. Et pendant que la pointe descend, il faut la rencontrer avec le fort, en esquivant légèrement sur le côté, c’est-à-dire en évitant la pointe, tout en veillant à ne pas esquiver de telle manière que la pointe de ton épée sorte de la ligne droite et de la présence de l’ennemi, afin de pouvoir facilement le frapper dans le même temps, en observant cette dextérité.
Si l’ennemi te porte un estoc, et qu’il n’est pas trop proche, il faut connaître la distance, et faire une esquive du corps en arrière, sans retirer ton épée de la ligne droite, ni de la présence à l’ennemi. Tu pourras facilement rencontrer avec le fort de ton épée, et frapper, car en faisant l’esquive en arrière, l’ennemi porte son faible dans ton fort, et ne peut pas te frapper sans un pas rassemblé, ou sans faire un autre mouvement plus long qui est de cette manière : après avoir tiré l’estocade, et celle-ci étant allé à vide, l’ennemi peut se rétablir de cette manière, c’est-à-dire en gardant le bras ferme en ligne droite, et en étant prompt du regard pour récupérer son épée qui se trouve dans le fort, puis en avançant le pied gauche devant le droit, en faisant un pas long ou court, selon comment tu t’es déplacé.
Il faut donc être rapide du regard et de la jambe, et prendre l’initiative dans le jeu, et ne pas faire comme beaucoup qui, après avoir porté un coup, et l’ennemi l’ayant paré, restent impuissants et ne savent pas prendre d’autres initiatives, et ne tiennent pas compte du fait que l’autre a les mains libres pour pouvoir parer et frapper. C’est pourquoi il faut faire très attention à ne pas se précipiter dans les mains de l’adversaire, en considérant ce qu’il peut lui aussi faire. On trouvera de nombreux jeux variés, comme celui qui attend que l’adversaire tire le premier ; celui qui tourne en rond pour gagner le temps ; celui qui joue court, et celui qui joue long, c’est pourquoi je veux te mettre en garde contre toutes ces choses.

Contre ceux qui tournent
Si l’ennemi tourne autour de toi, je ne veux pas que tu te mettes à tourner également, comme le font beaucoup, mais que tu restes ferme dans ta position, et tandis qu’il fera trois ou quatre pas pour te prendre l’avantage, d’un côté ou de l’autre, fait en sorte que la pointe de ton épée le regarde toujours quand il se déplace avec son corps. Et quand tu verras que ton corps est ainsi encerclé, et que tu ne te trouves pas en présence avec la pointe de l’épée, fais un seul pas en cercle, petit ou grand, selon le temps que tu trouveras, c’est-à-dire si l’ennemi te contourne rapidement ou non. Car lorsque l’ennemi voudra prendre l’avantage sur toi pour te voler du temps, il fera trois ou quatre pas, alors tu ne bougeras que le pied qui se trouvera devant, comme je l’ai dit plus haut, et ainsi, personne ne pourra te voler du temps avec cette règle.
Tu as un autre avantage, car pendant que l’ennemi cherche à te contourner, tu peux tirer avec l’avantage du temps, car il pense te voler le temps, et toi à cet instant, tu peux le frapper, en lui volant le sien, et même le frapper dans ce temps, là où il te semblera être découvert. Et sois rapide à frapper, et rapide à ramener le corps.

Sur les temps
Il faut savoir remarquer ce temps, dont je parlerai ci-dessous, lequel est très avantageux si tu te comportes de cette manière. Chaque fois que tu es en ligne droite et que l’ennemi veut commencer à te frapper, comme cela serait dans cette situation ou il veut te porter un coup de taille, je veux que tu pousses ton épée vers l’avant pendant qu’il lève le bras pour te frapper, afin que tu puisses facilement, avant qu’il n’ait abattu le coup, le blesser avec un grand avantage.  Et si tu observes bien avec tes yeux en maniant l’épée de cette manière, tu constateras que lorsque l’ennemi abaisse son épée, il te la porte dans ton fort.
De même, lorsque l’ennemi commence à vouloir faire certains coups du poignet à la tête, je veux que tu le rencontres à la face, et tu le frapperas facilement dans un seul temps. Soit attentif à là où l’épée ennemie frappe, à l’intérieur ou à l’extérieur, car tu pourras parer et frapper en rencontrant, à l’intérieur ou à l’extérieur, selon l’endroit où il te frappe.
Mais s’il arrive que l’ennemi ne puisse rien faire avec le jeu des coups de poignet, il pourrait facilement se retirer en garde. Tu dois alors pousser l’estocade en ligne droite, et être rapide avant qu’il ait le temps de se remettre en garde. C’est la raison pour laquelle, lorsque l’ennemi est en présence et qu’il veut changer de garde, tu peux le frapper dans ce temps, car il est facile de le toucher.
En supposant qu’il se retire de telle manière que tu ne puisses le blesser, veille à être à te remettre rapidement avec la jambe, en gardant toujours ton épée face à l’ennemi.

Sur les feintes
Et s’il fait une feinte vers l’extérieur ou vers l’intérieur, veille à ne pas aller avec ton épée vers celle-ci pour vouloir parer, car si tu y vas, il pourra facilement dégager de l’autre côté et te frapper à ce moment-là. Observe plutôt cette règle :
Chaque fois qu’on te fait une feinte, rencontre-le au premier temps, car l’ennemi prend deux temps, un pour feinter et l’autre pour frapper, et toi, tu ne prends qu’un seul temps pour frapper.
Je loue la feinte de cette manière : pendant que tu es en ligne droite, je veux que tu fasses un mouvement d’entrée à la face, ce qui est facile, pour que l’ennemi aille parer. Toi, voyant où il va placer son épée, qui sera vers la partie que tu indiques ou feins, alors, sans dégager ton épée, tu trouveras un seul temps pour entrer, c’est-à-dire en guidant avec le fort pour te protéger de son épée s’il t’attaquait dans ce temps, comme ce serait le cas dans cette forme. Pendant que tu fais le mouvement et que ton épée commence à bouger, il est clair que l’ennemi mettra son épée pour parer et frapper, et toi, en observant attentivement, tu entres par cette ouverture, là où l’ennemi s’écarte pour parer ton coup, et tu peux entrer en un seul temps, sans faire certains dégagements, comme le font beaucoup de ceux qui font des feintes : et ces précautions s’appellent des contretemps si subtils qu’ils échappent à l’attention de tous.
Et si tu fais de même le geste d’entrer, et que l’ennemi ne se laisse pas tromper, continue bien d’entrer avec le même geste, et veille à ce que, lorsque tu fais le geste, de toujours le faire là où la partie est la plus découverte, car tu obliges ainsi l’ennemi à parer, et tu lui fais faire deux temps, là où tu n’en fais qu’un seul. En te guidant avec les yeux et en veillant à s’il s’arrête ou s’il va à la croyance de ton épée.

Sur l’avantage quand on gagne l’épée
Je veux maintenant t’avertir de l’avantage que tu as sur ton adversaire avec ton épée, quand tu veux gagner l’épée, il est clair que ton fort est supérieur à son faible. Il faut cependant avoir une grande connaissance pour savoir comment se comporte l’ennemi avec son corps et son épée, afin de connaître les temps pour agir, et ensuite commencer à surmonter son faible avec ton fort, en utilisant le mouvement, et en descendant doucement jusqu’à ce que tu atteignes le faible de son épée. Car si tu te précipites, comme je l’ai dit plus haut, il peut dégager et te frapper, et tu ne pourras pas gagner son épée. Mais si tu y vas doucement, tu la gagneras facilement. Et prends garde dès que tu l’auras prise, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur, de ne pas le laisser la récupérer : car il sera obligé de se dégager. Et pendant qu’il se dégage, tu le suivras avec le gain, ou plutôt en le frappant dans ce temps seul. Et si tu utilises la technique de l’épée, une fois que tu l’as gagnée, tu le poursuivras de telle manière qu’il ne pourra plus la récupérer, et comme tu auras gagné l’épée, et que l’ennemi ne l’aura pas, ne frappes rien d’autre dans ce temps où tu gagnes, et utilises toujours le fort, afin qu’il ne puisse pas la récupérer.
Quand tu auras gagné l’épée, tu peux utiliser le gant gauche pour saisir celle de l’ennemi avec une prise en la serrant, ce que tu feras facilement. Et veille à ne pas faire comme beaucoup font, de vouloir saisir l’épée ennemie de la main au moment où ils tirent un estoc, car cela est très difficile à réaliser. Ainsi ceux qui suivront cette règle manqueront facilement l’épée, c’est-à-dire qu’ils ne pourront pas l’attraper, et risquent d’être touchés, soit à la poitrine, soit au visage. La raison en est que celui qui n’a que l’épée va au contraire en mettant le côté gauche en avant. Comme on peut manoeuvrer l’épée de plusieurs façons, et donc blesser facilement celui qui se tient ainsi ; parmi lesquels je considère que la meilleure consiste à tailler vigoureusement vers cette partie, ce qui ne peut manquer de le toucher et de le désorienter.

Contre le jeu de la course
Il existe également le jeu de la course, comme le pratique la plupart des Français, dans lequel je veux que tu opères en ligne droite chaque fois que cela t’arrive. L’ennemi vient donc en courant pour te frapper, et toi tu le freines en te présentant dans une posture ferme, en ligne droite et découverte, pour qu’il vienne battre ton épée. Évalue la distance, c’est-à-dire le moment où il arrive près de toi pour faire ce battement, et garde en même temps l’œil à son épée, sachant que pour te battre, il fera un grand mouvement, où, tu le rencontreras avec ton épée sur le côté où il se découvrira le plus, et en esquivant du corps, tu le blesseras à coup sûr.
Le battement pourrait se présenter sous cette forme : il vient avec le faux de son épée pour te déconcerter, de telle sorte qu’à cet instant tu puisses le contrer, c’est-à-dire lorsqu’il sera proche, afin que tu puisses l’atteindre, et facilement en libérant un peu ton épée, tu pourras faire tomber la sienne, car il vient avec impétuosité et se persuade que dans le même temps il peut t’empêcher de mettre l’épée en présence, et te donne une taille à la jambe en reculant, ou bien te chasser un estoc en contre-passant. Observe donc la règle que je t’ai dit de le frapper quand il vient à la rencontre dans le temps seul, et sache que tu le rencontreras facilement à ce moment-là, en restant stable et léger avec le corps.
Mais si tu le vois venir avec impétuosité, il ne faut pas avoir peur, car en ayant peur, tu commets mille mauvais mouvements, et l’ennemi peut facilement faire ce qu’il a prévu. Mais si tu restes dans la position que j’ai décrite plus haut, en gardant ton épée en présence, il reste impuissant dans sa venue, voyant que ton épée le regarde toujours. Et s’il court sans tenir compte de ton épée, tu le rencontreras facilement, et tu l’arrêteras à mi-chemin.
Si l’adversaire ne court pas mais se met en position basse, entre en ligne droite mais en dominant son faible de telle manière qu’en tirant au même moment, comme je l’ai dit, il ne puisse pas te blesser mais que le coup aille à vide, comme il le fera nécessairement, en rencontrant ton fort, ce que tu auras prévu, et ainsi tu ne te précipiteras pas, en observant ceci. Et voici la raison pour laquelle il faut freiner ces précipités.
Et bien que beaucoup disent que la raison de l’épée ne vaut rien, et que la colère l’emporte, je ne l’approuve toutefois pas, et je m’en remets au jugement des hommes avisés. Il est bien vrai que la raison des armes, c’est-à-dire le jeu, ne vaut rien pour ceux qui se manquent de courage et ne font pas leur devoir ; c’est pourquoi ils perdent face à ceux qui savent et ceux qui ne savent pas.
Il y a encore beaucoup d’autres choses sur cette ligne droite, que je laisse, par souci de concision, à l’appréciation du lecteur sensé, car elles sont très utiles. Je ne veux donc rien dire de plus à ce sujet, ayant parlé des choses les plus utiles et les plus nécessaires. Nous traiterons de la troisième garde et de la manière dont elle s’opère.

La troisième garde

La troisième garde est la suivante : il faut tendre le bras droit vers le genou droit, en gardant le poing à environ une distance d’un demi-bras du genou, de sorte que la pointe de l’épée soit dirigée vers le visage de l’ennemi. Incline légèrement le buste, mais sans tomber, c’est-à-dire en te faisant un peu plus petit, de sorte que le talon droit soit au milieu du pied gauche, dans un demi-pas, plus ou moins, selon ce qui te semble le plus pratique et le plus puissant.
Et dans cette position, si l’ennemi te tire un estoc au visage, veille à le parer avec le fort de l’épée, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur, selon le côté où il t’attaque, et pousse d’un seul coup, en te redressant, ce qui te permettra de parer facilement et de frapper dans le même temps.
S’il te frappe de maindroit ou de revers, pare avec le fort et entre à la face, c’est-à-dire s’il te vise la tête. S’il te frappe plus bas, réponds de la même manière par la ligne droite.
S’il fait une feinte au visage ou à une autre partie du corps, ne bouge pas pour parer, mais pousse ton épée dans ce temps, saisissant son faible avec ton fort.
S’il te frappe à la jambe, recule un peu la jambe et réponds en levant les quillons de l’épée, et en abaissant la pointe. Sois rapide, car de cette manière tu te défendras contre ces coups. Et si tu exécutes ce coup que j’ai mentionné, c’est-à-dire quand il te frappe à la jambe, si tu inclines le corps, l’ennemi ne pourra pas te blesser à cet endroit, si après avoir frappé la jambe il veut ensuite porter un estoc.
Il y a ensuite le jugement, qui t’apprend à prendre l’initiative au fur et à mesure, en observant cette forme, et c’est ainsi que tu te défendras contre de nombreux coups.

Les passes

Maintenant, je veux que nous parlions des passes, et te montrer à quel point elles sont dangereuses, et où elles sont utiles. Tu comprendras donc que les passes nécessitent des feintes, et sache bien qu’elles sont très dangereuses pour ceux qui ne les exécutent pas avec beaucoup de temps, d’agilité et de rapidité.
Si tu te trouves dans la première forme de l’épée seule, et que quelqu’un vient pour te faire une passe, sachant qu’en te voyant en position haute, il viendra te trouver pour te la porter. Sois bien attentif, si l’ennemi fait une feinte vers ton visage pour passer, comme la raison le veut, je ne veux pas que tu ailles vers la feinte d’une autre façon qu’en te penchant un peu avec le corps, là où tu penses pouvoir esquiver la pointe de la feinte. Puis dans un même temps, frappe de la main et abats l’estoc perpendiculairement vers le bas du corps, que tu pourras facilement rencontrer s’il se penchait bien avec le ventre vers le sol, et tu l’arrêteras, car il ne pourra pas passer. La raison en est la suivante : tant que tu ne te fies pas à l’élan de la feinte qu’il te donne, tu as le temps de frapper avec la main la pointe de son épée, et d’utiliser les techniques que j’ai mentionnées plus haut pour rompre son dessein, car il vient à toute vitesse pour faire la feinte, et la passe dans ce temps.
Et si tu te trouves en ligne droite dans la deuxième forme, et que l’ennemi vient avec une feinte pour te faire la passe, esquive-le sur le côté en évitant la pointe de son épée. Et pendant qu’il passe, tu peux le frapper à la tête, et en tournant le corps, en jouant un peu avec le corps, tu peux pousser ton épée vers le visage de la même manière.
Et quand l’ennemi fait la feinte, et veut passer dans un temps, esquive du côté gauche, c’est-à-dire que s’il fait la feinte vers l’intérieur, et tu renverses la pointe vers le visage et l’arrêteras facilement. Et tu pourras même le rencontrer plus bas au niveau du corps car en tenant la pointe de ton épée basse, il peut difficilement passer.
Et s’il fait une feinte vers l’extérieur, tu pourras avancer le pied gauche, en t’écartant d’un demi-cercle, en amenant le pied droit derrière le pied gauche, ce qui te permettra de sortir facilement de sa présence, et tu pourras donner un estoc ou un coup de taille de revers.
Et si tu veux faire une passe, observe ceci :
Quand tu veux passer, fais une feinte, et le mouvement pour passer, mais ne cours pas. Ainsi, l’ennemi, te voyant faire ce geste, c’est-à-dire mettre ta vie hors de portée de son épée, pourra renverser la pointe de son épée dans la direction où tu fais le mouvement pour passer. À ce moment-là, tu peux alors couvrir son faible avec ton fort, et entrer à la face sans faire d’autre passe.
Et si tu veux faire une passe librement, observe cette règle : gagne d’abord son épée, puis entre à la face, car il devra parer, et en parant, il sortira son épée de telle manière que tu pourras passer sans danger. Et s’il ne pare pas, tu le frapperas de la même manière au visage.
Si tu es dans la troisième garde, et que ton adversaire feinte pour passer au corps avec l’épée basse, je veux que tu fasses une esquive du corps, en poussant l’estoc avec la pointe perpendiculaire, et en gardant bien un œil sur l’épée ennemie, afin de pouvoir utiliser l’esquive du corps d’un côté ou de l’autre. Il faut cependant avoir une très grande considération pour le corps de l’ennemi et voir comment il se déplace, et connaître le temps, et faire attention surtout à l’épée de l’ennemi. C’est-à-dire considérer avec l’œil et avec le jugement de quel côté il peut abattre son épée.
Cela suffit sur ce sujet, bien qu’il y ait beaucoup d’autres choses à dire, mais celles-ci sont très utiles et très naturelles, et l’homme peut s’en servir.
Il y en a encore beaucoup qui ajoutent d’autres sortes de gardes à celles-ci, que je n’estime pas du tout, car elles peuvent toutes être réduites à celles que j’ai mentionnées.

Épée & cape

Je vais maintenant parler de l’épée et de la cape, ou manteau, de la manière la plus succincte et la plus concise possible. Tu peux donc utiliser la cape dans deux circonstances : l’une lorsque tu ne peux pas porter de poignard, et l’autre lorsque tu es attaqué par surprise, auquel cas tu peux te saisir de la cape plus facilement que de mettre la main au poignard, c’est-à-dire lorsque tu as le poignard dans le dos et non sur le côté, comme la plupart des gens, qui n’ont pas l’habitude de se battre, le portent presque toujours ainsi, et que lorsque l’occasion se présente de mettre la main à l’épée, ils ne le trouvent pas, car ils ne peuvent pas l’atteindre avec leur main gauche. Il faut donc le porter sur le côté droit pour en avoir le contrôle total. Je n’en dirai pas plus pour l’instant sur le poignard, il me suffit d’avoir mentionné la précaution que doit prendre l’homme qui porte une arme à la ceinture.
Te retrouvant dans un lieu où tu ne peux porter de poignard, il te sera plus facile d’utiliser la la cape, ou du manteau. J’entends par là que celui qui veut saisir la cape, ou le manteau, doit laisser tomber la partie de la cape qui se trouve sur l’épaule droite en arrière, puis tourner la main gauche vers le haut, c’est-à-dire la paume, et saisir avec la main le pan de la cape sous l’épaule à un demi-bras ou moins, selon ce qui lui semble le plus pratique. Et lorsque tu laisseras tomber la cape ou le manteau de l’épaule gauche sur le bras gauche, qui restera entièrement couvert, tu feras ensuite un seul tour à droite vers la main, et tu laisseras tomber l’autre partie de la cape vers la jambe. Tu feras ce mouvement très rapidement, et tu ne feras pas comme beaucoup, qui l’enroulent entièrement sur le bras : parce qu’en laissant pendre vers le bas, tu en tireras de nombreux avantages dont je vais te parler.

Sur les Défenses
Après avoir enfilé la cape comme je te l’ai dit, je veux que tu avances le côté gauche d’un demi-pas, en tenant l’épée à l’extérieur sous le poing. Étant dans cette position, si l’ennemi te porte un coup de taille à la tête, soit un maindroit, soit un revers, je veux que tu pares avec le fort de l’épée, rencontrant dans ce temps à la face, en faisant avec le pied droit un pas long et résolu en avant.
Et s’il te frappe à la jambe de revers alors que tu es dans cette position, lève un peu le poing de l’épée et lance une imbroncade perpendiculaire en avançant la jambe droite avec le bras tendu. Et veille à faire une petite esquive, mais pas trop, afin d’entrer avec moins de danger.
S’il te taille un maindroit à la jambe, je veux que tu ailles en parade de la même manière avec la partie de la cape qui pendra, et que tu tournes également le poing avec un coup d’estoc au milieu de la poitrine, là où tu trouves la partie la plus découverte. Et veille à ne jamais te couvrir le visage avec le pan de la cape, car l’ennemi pourrait te chasser un estoc ou te donner un coup de taille à la jambe pendant que tu te couvres le visage.
S’il te porte un coup de taille à la tête, de maindroit ou de revers, je ne veux pas que tu ailles parer avec ta cape, mais que tu le reçoives de face, en opérant avec le fort de ton épée, comme je te l’ai dit plus haut. Et si l’ennemi agit ainsi, tu pourras suivre d’une frappe, prenant l’initiative pas à pas, selon ce que le temps te permettra, en anticipant ce que l’ennemi peut faire.
Et ici, je terminerai la règle de l’épée et de la cape, il suffit que tu aies compris comment la prendre en main et comment s’en servir.

Épée & poignard

Maintenant, nous parlerons de l’épée et du poignard, avec les avantages du gantelet, et aussi la manière de l’utiliser sans gantelet à la main, avec la moins de risque possible. Tu comprendras comment manier l’épée et le poignard de la manière la plus efficace et la moins dangereuse possible, en te conduisant comme je te l’expliquerai dans ce discours
Il faut tout d’abord veiller à bien mener son corps, mais je souhaite n’évoquer que trois formes seulement, bien qu’il existe de nombreuses gardes, comme beaucoup l’ont écrit, dont je parlerai un peu, mais je ne les pratique pas, car tout le jeu peut être fait en trois gardes.
Il est bien vrai que, parfois, l’homme se retrouvera dans le jeu, ou dans le combat, à faire beaucoup de choses sous différentes formes. Mais si tu regardes minutieusement, tu trouveras que ce sera toujours la même chose, c’est-à-dire ce que je dirai dans les trois gardes, même si elles semblent différentes. Mais en conclusion, c’est-à-dire en frappant, tu constateras que dans les trois formes que j’observerai, se trouvent tous les coups qui peuvent être portés, et ceux que je propose ici, je les considère comme les plus brefs et les moins dangereux, et grâce auxquels l’homme pourra frapper dans un seul temps, le plus souvent, sans pour autant mettre sa vie en danger. Car ce ne sont pas des mouvements artificiels et forcés, dont on ne se souvient que dans les moments de plaisanterie, mais des mouvements si naturels que même la fureur de la colère ne nous les enlèvera pas.
Ceux qui enseignent doivent bien garder cela à l’esprit, car il n’y a jamais de discussion sans colère. Il est vrai qu’il faut s’entraîner à tous les aspects de la vie, car l’agilité compte beaucoup dans cet art, mais il est bien plus important encore de connaître le temps, sans lequel, comme on l’a déjà vu et comme on le verra, on ne peut accomplir quoi que ce soit d’important.

La première garde

La première forme est très utile, et s’exécute ainsi : on place le bras tendu de l’épée en ligne droite, en veillant à ce que le bras du poignard soit allongé, et en se couvrant le visage avec celui-ci, tout en le tenant légèrement étendu, de sorte que la pointe soit dirigée vers le haut, en se tenant de profil selon la ligne du côté droit, en serrant les armes l’une contre l’autre.

Sur les défenses
Étant dans cette position : si l’ennemi tire une à la tête, je ne veux pas que tu pares avec le poignard, mais que tu le rencontres avec le fort de l’épée, comme quand on joue à l’épée seule, vers la face. Et si, à cet instant, il veut parer avec le poignard et battre ton épée, dégage par-dessous et frappe-le à la face en ligne droite, ou bien lève le poing, en chassant la pointe perpendiculairement au-dessus du poignard, libérant ton épée lorsqu’il te la battra.
Étant dans cette position : si, de la même manière, il voulait te porter un maindroit à la tête, pare avec le fort de l’épée, et au même moment, place le poignard contre son épée, et laisse tomber la pointe de la tienne sous le flanc droit de l’ennemi, poussant au même moment l’estoc avec un pas droit en avant. Et si l’ennemi, dans cette position, dégage son épée par en dessous vers ton flanc gauche, garde l’œil ouvert en frappant l’épée du poignard avec le poignet, à l’extérieur, le frappant à la face, et te retirant dans la même posture. Et si, dans ta retraite, l’ennemi te porte un estoc, esquive du corps un peu en arrière, et prends l’épée ennemie entre ton poignard et ton épée, c’est-à-dire avec le poignard par-dessus et l’épée par-dessous, et frappe à la face.
S’il te frappe à la tête de revers, rencontre avec tes armes réunies, et prends garde à parer avec le fort de l’épée en l’accompagnant immédiatement du poignard. Comme l’ennemi te frappe violemment à la tête, pare avec l’épée, car c’est là qu’il a le plus grand avantage, car si tu parais avec le poignard, tu feras pire que mieux. De nombreuses expériences ont montré que le poignard mal utilisé est la mort de l’homme. Il est très difficile de parer un grand coup de taille avec le poignard, car si tu ne le saisis pas avec le fort de celui-ci, il peut facilement t’être enlevé des mains, ou te frapper le poing. C’est pourquoi celui qui n’a pas un très grand temps avec l’aide de l’esquive du corps ne doit pas parer le coup de taille avec le poignard, mais avec le fort de l’épée.
Et si l’ennemi veut saisir ton épée avec son poignard pour te frapper à la jambe, sache qu’il doit faire cela. Il abaissera son corps pour se couvrir sous le poignard, alors quand il voudra trouver ton épée avec le poignard, sois prompt à la libérer avec un petit esquive du corps en arrière, et en même temps, frappe le sous son poignard. Car si tu es rapide à libérer ton épée, tu trouveras un très grand temps pour entrer, et son coup restera à mi-chemin, c’est-à-dire qu’il ne pourra pas atteindre la jambe, car il avance la tête, de sorte qu’il ne peut pas frapper tant que tu ne laisses pas ton épée se faire bloquer, et je t’en ai donné la raison une autre fois, en parlant de l’épée seule.
Il est vrai que même dans un tel échange, on peut frapper la jambe, mais de cette manière. Tu dois serrer ton adversaire de telle manière qu’il ne puisse pas dégager son épée par dessous, c’est-à-dire qu’il ne peut pas dégager par l’extérieur, où tu ne peux le bloquer avec ton poignard. Une fois que tu l’as poussé de cette manière, tu peux descendre vers la jambe avec moins de danger. Mais je veux, pour plus de facilité, que tu observes une autre règle, c’est-à-dire que lorsque tu auras serré l’ennemi, que tu entres vigoureusement avec l’estoc. Tu ne courras pas autant de danger d’être frappé, et tu frapperas aussi plus rapidement. Mais comme je l’ai dit, je n’observe pas ces choses, car elles sont très dangereuses.

Sur les attaques
Mais revenons à notre sujet, à savoir la ligne droite, c’est-à-dire la première garde, et supposons que quelqu’un se mette en garde bien couvert, quelle que soit la forme souhaitée. Serre-le et observe bien la position de son épée, haute ou basse. Puis, au moment opportun, serre-le (comme je le dis) et essaye de le frapper vers la partie la plus découverte. Sois rapide à frapper et rapide à revenir. Et si, par hasard, il te suit dans ton attaque, le retour rapide te défendra, en te protégeant quand il t’attaque en rencontrant son faible avec ton fort.
Et ce faisant, tu auras le temps de parer, et même de frapper dans un même temps, selon la position dans laquelle tu te trouveras, comme dans le cas suivant. C’est-à-dire que si, pendant que l’ennemi tire, tu te retrouves en avant avec ton pas, après avoir tiré ton coup, tu auras le temps de te remettre et de parer en même temps. Et si tu es remis, je veux que tu pares et entres au même moment.
Et si l’ennemi se place avec l’épée basse, je veux que tu t’approches en le serrant, avec un pied chassant l’autre. Dès que tu te trouves à une distance qui te permet de l’atteindre, entre en couvrant son faible avec ton fort sans toucher son épée. Si à ce moment, il bat ton épée de haut en bas, dégage du poignet et frappe au-dessus du poignard au visage. S’il te bat l’épée avec son poignard à l’extérieur, reviens à l’intérieur avec ton épée et frappe par dessous. Et sache qu’il faut avoir l’œil vif pour voir où l’ennemi porte son poignard. Et il y en aura beaucoup qui te laisseront beaucoup de temps pour entrer, car ils se déconcentrent avec le poignard et font mille mouvements, qui sont mauvais, et où te peux toujours entrer en ligne droite.
Et dans cette première forme, tu ne dois pas utiliser le poignard pour battre l’épée de l’ennemi, sauf si tu as donné un coup et que ton épée est hors de portée, auquel cas l’ennemi te frapperait si vite que tu ne pourrais pas ramener ton épée. Dans ce cas, je veux que tu frappes avec ton poignard, tout en reculant pour la récupérer. Mais évite de te retrouver dans ces situations qui sont dangereuses.
Il suffit que je t’enseigne encore ce remède, afin que dans un tel cas tu ne sois pas complètement perdu, mais que tu puisses d’une certaine manière prendre l’avantage dans le combat.
En restant dans cette position, tu peux faire des feintes de cette manière : si tu fais une feinte au visage, l’ennemi doit porter son poignard pour parer. S’il ne mord pas à la feinte, entre dans ce temps, et s’il y mord, dégage de l’autre côté. Et si, lorsque tu fais la feinte, l’ennemi veut parer et entrer, utilise ton poignard, en frappant son épée, et en entrant avec le dégagement. Ne le laisse pas t’empêcher de faire la tienne, et reconnais les avantages. Et c’est tout ce que je veux dire sur cette première forme.

La seconde garde

Il existe une deuxième forme, qui consiste à se placer avec l’épée haute, le bras tendu, en tenant la pointe de l’épée haute, afin que l’ennemi ne puisse pas deviner où tu vas abattre ton épée. Ici, il conviendra de battre avec le poignard que tu tiendras avec le bras étendu, et le gantelet sera très utile en cette occasion.
Tant que tu es dans cette forme, essaie de rester dans un pas serré autant que possible, c’est-à-dire dans la position qui te semble la plus confortable et la plus solide, en gardant l’épaule droite devant autant que possible, en t’appuyant légèrement sur le côté gauche du poignard, c’est-à-dire sur la jambe gauche. Tiens le poignard étendu, en te couvrant le visage, car en t’appuyant sur le côté gauche, tu pourras porter l’estoc avec moins d’effort et revenir plus rapidement. Je te conseille, dans cette deuxième position, de porter l’estoc long en tendant bien le bras et en profilant le corps. Pendant que tu es dans cette position, observe comment se place l’ennemi, car selon la position qu’il prendra, tu te conduiras selon la règle que je vais t’indiquer.

Sur les défenses
Tout d’abord, si l’ennemi tire un estoc, je veux que tu battes avec ton poignard, et dans le même temps, que tu entres là où tu trouveras la partie la plus découverte, en notant si l’estoc vient perpendiculairement en bas, ou s’il vient en ligne droite. S’il vient perpendiculairement en bas, je veux que tu battes l’estoc avec le poignard à l’extérieur vers le côté droit, car c’est le plus facile et le plus rapide, et dans le même temps, tu abaisses ton épée en ripostant d’estoc et en retournant rapidement avec le pas.
Si l’ennemi te porte un estoc en ligne droite, tu peux le parer de trois manières.
La première, de haut en bas, lorsqu’il te frappe au milieu de la poitrine, et en entrant au même moment, en tournant le corps autant que possible, en faisant un pas, et en gardant le poignard toujours au-dessus de l’épée pour empêcher l’ennemi de lever son épée. Car en faisant cela, il retournera facilement dans le poignard, ou sera contraint de dégager son épée d’un côté ou de l’autre.
Tu peux le parer de la deuxième manière, lorsque l’épée descend vers le côté gauche, en le frappant vers l’extérieur au côté gauche.
Et s’il porte l’estoc vers le côté droit, bas l’épée à l’extérieur vers le flanc droit, et ici bat avec le poignet, mais toujours en entrant dans ce temps, en frappant et en tirant le coup. On peut également frapper de cette troisième manière, lorsque l’ennemi porte l’estoc, éloigne quelque peu le côté gauche de la présence de l’ennemi, en ramenant un peu le pied droit, de sorte que tu pareras l’estoc avec un peu d’aide du poignard, et tu pourras frapper.

Sur les attaques
Maintenant, je veux que nous parlions de la manière de serrer l’ennemi dans cette même garde. Observe bien comment il se place, car il est très utile de connaître ce temps, qui sera le suivant. Si l’ennemi tient son épée longue, serre-le de cette manière. Avance d’un demi-pas de sorte que ton poignard arrive à deux paumes au-dessus de l’épée ennemie, et garde l’œil ouvert. S’il tire dans ce temps, bas et entre. Et s’il ne tire pas, tu peux entrer de la même manière en battant, ou gagner son épée avec ton poignard.
Et si l’ennemi se tient avec l’épée courte, serre-le de cette manière. Avance suffisamment pour connaître la distance à laquelle tu peux arriver sans perdre l’équilibre, en gardant le corps en garde. Et dès que tu es à portée, tire l’estoc librement, en revenant rapidement en garde, sans te soucier d’être bien couvert du poignard de l’ennemi, pourvu que son épée reste en arrière. L’ennemi, se trouvant dans cette position, pourrait facilement porter un coup libre, que tu peux parer en revenant frapper dans ce temps seul. Prends garde à ne pas laisser ton corps trop en avant, afin d’avoir le temps de revenir rapidement. Il faut donc veiller à toutes ces choses, afin de ne pas te déséquilibrer ce qui t’empêcherait de te rétablir rapidement.
Il existe une autre technique dans cette garde, certes difficile à réaliser, mais décisive, qui consiste à serrer l’ennemi de telle sorte que son épée soit à une paume de ton corps, en tendant le bras du poignard autant que possible, tournant le corps, et de manière à ce que ton épée, c’est-à-dire la pointe, soit en présence de l’ennemi. Et dans ce temps, tu battras en entrant avec l’estoc.
Et je dis que c’est difficile, mais résolu et efficace, où l’homme pourrait s’en assurer en ayant endossé de la maille. Et il faudrait l’utiliser contre ceux qui se mettent en garde immobile, attendant que l’autre tire le premier. Il faut un grand jugement pour connaître la distance, et aussi d’avoir l’œil pour voir si l’ennemi te frappe dans ce temps-là, étant dans cette position, de sorte que si l’ennemi te tire une taille, de maindroit, ou de revers, tu peux parer avec le poignard, en entrant dans le même temps. Et s’il te frappe à la jambe, rencontre-le à la face, car tu as un grand avantage, comme je l’ai dit plus haut. Et ici, je terminerai la deuxième garde.

La troisième garde

Je vais maintenant parler de la troisième garde, ou posture, et de la manière dont on manie l’épée et le poignard avec tout l’avantage qui leur revient.
La troisième garde se présente donc comme suit : tu te placeras avec le pied gauche devant dans un pas juste, le bras gauche tendu, en veillant à ce que le poing soit aligné avec le visage et que la pointe du poignard soit haute, en gardant le bras droit légèrement courbé, avec le poing de l’épée légèrement écarté du corps, et la pointe de l’épée à la même hauteur que le poing du poignard, à environ une paume de distance.
En adoptant cette position, tu seras très bien couvert, et tu pourras opérer en fonction du temps et du mouvement que fera l’ennemi.

Sur les défenses
Si l’ennemi te frappe directement à la tête, je ne veux pas que tu battes avec le poignard, mais que tu rencontres avec le fort du poignard. Et dans ce temps, entre avec l’estoc, en faisant un pas droit en avant, autant que ta nature te le permet. Puis retire-le immédiatement en arrière, en tenant ferme le bras du poignard, afin que si l’ennemi redouble son coup, tu puisses parer, comme ce serait le cas de cette manière.
Si l’ennemi te porte un maindroit et que tu le pares et entre dans ce temps : si tu abandonnes le bras du poignard en faisant le pas et que l’ennemi double son coup en revers ou en maindroit, il pourrait facilement t’atteindre. Mais si tu restes immobile avec le poignard, tu peux parer le deuxième coup et riposter dans ce temps.
S’il te porte un coup de taille de revers à la tête, je veux que tu le pares avec le poignard, en faisant un petit esquive de la vie, en ramenant légèrement le pied droit en arrière, en portant dans ce temps le coup, et retournant immédiatement en garde.
S’il te frappe à la jambe, soit de maindroit, soit de revers, tu peux riposter de deux manières.
Premièrement, pendant qu’il te frappe, ramène ton pied gauche près du pied droit, et dès que l’épée de l’ennemi est passée, tu peux entrer avec un estoc ou un coup de taille, selon ton envie. Il est vrai que dans cette parade consistant à retirer la jambe, il faut bien faire attention à la distance de l’épée de l’ennemi, car si c’est le milieu de celle-ci qui arrive dans ce coup à la jambe, tu ne pourrais pas la retirer sans qu’il t’atteigne. Et je ne veux pas qu’on s’en serve sauf de rare fois.
La deuxième méthode est la suivante : si l’ennemi te tire dans la jambe, tu peux parer avec ton poignard et entrer résolument dans ce même temps avant que l’ennemi ne puisse se remettre. En tenant, compte toutefois que cette entrée est seulement pour les hommes armurés, car elle est très difficile et dangereuse. Donc, si te n’es pas armuré, je ne te conseille pas de l’utiliser. Mais pour les hommes armurés, elle est très bonne, car elle présente l’avantage du pas, qui permet de donner un coup plus puissant et plus long

Sur les attaques
Tu pourras ainsi dans cette position serrer ton adversaire tellement que tu surpasseras son épée avec ton poignard. Observes que, dès que tu auras commencé à la gagner, à ne pas l’abandonner, mais à toujours le poursuivre en avant, car elle deviendra tienne. Et ce faisant, tu auras toujours ton épée pour frapper librement où tu le souhaiteras.Mais si tu le laisses la récupérer, il aura un grand avantage sur toi.
Et je me trouve ici avoir satisfait à ce que j’avais promis et à ce que j’ai jugé nécessaire pour une telle profession.
Que personne ne m’oppose l’argument selon lequel je ne traite rien en particulier pour ceux qui seraient gauchers, comme on dit. Car, en enseignant à frapper et à parer selon les gardes, cet art convient autant aux gauchers qu’aux droitiers, la seule différence entre eux n’étant que leur relation. Que chacun me comprenne bien et s’exerce bien, car je suis sûr qu’ils en tireront un tel profit qu’ils loueront mes efforts. Et peut-être qu’un jour je leur donnerai encore d’autres choses.

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