L’épée – dague de Di Grassi

Ayant vu les bases de l’escrime de Di Grassi dans les articles précédents, nous allons nous attaquer maintenant aux différentes combinaisons d’armes en commençant par l’épée accompagnée du poignard qui est selon Di Grassi, l’accompagnement le plus simple et le plus commun que l’on trouve.

Taille, forme et prise en main de la dague

Premièrement, Di Grassi juge inutile les dagues dont les quillons sont accompagnés d’ailettes afin de bloquer la lame adverse quand celle-ci vient à son contact, car « peu sont ceux qui discernent si l’épée est prise ou non ». Quant à la taille du poignard, à l’instar de Dall’Agocchie, il conseille de ne pas aller vers les extrêmes :

On doit parler maintenant de la forme des poignards, ils doivent être assez longs pour soutenir les coups forts de l’épée et aussi pour les rencontrer facilement. Et ils devront être assez courts pour pouvoir être rapidement tiré du fourreau. Ainsi on les choisira de taille moyenne.

Pour sa prise en main, nous disposons de deux possibilités : diriger vers l’adversaire soit le taillant, soit le plat. Chacune de ces tenues a ses avantages.

Celle avec le plat vers l’avant permet d’utiliser toute la garde du poignard comme outil défensif, alors que le taillant vers l’avant permet de mieux écarter les coups adverses et de frapper de taille du poignard au besoin, avantages qui s’accroissent avec la taille du poignard :

J’en ai vu certains qui le tiennent avec le taillant vers l’ennemi en disant que cela les avantage contre l’épée qui vient de taille ou contre l’estoc dans la première et seconde partie, en avançant d’un pas en avant, et qui par nécessité tourne la main et mettent le taillant du poignard où était avant le plat, de sorte qu’ils viennent à pousser l’épée ennemie au loin sans beaucoup de fatigue parce que chaque petit mouvement dans la première partie de l’épée cause beaucoup de changement dans la pointe d’où viennent principalement les offenses. […] Les autres sont ceux à qui il plait de tenir le poignard avec le plat vers l’ennemi, se servant en défense non seulement du poignard, mais aussi de sa garde avec laquelle ils disent faire des prises de l’épée et qu’ainsi ils peuvent les faire plus facilement.

La tenue avec le plat vers l’avant est aussi celle conseillée par Dall’Agocchie alors que celle avec le tranchant vers l’avant est celle des premiers auteurs bolonais. Ici, Di Grassi laisse le choix libre suivant les habitudes et ce qui semble être le plus commode à chaque escrimeur.

Enfin, dans les deux cas, il est nécessaire de tenir le poignard avec le bras tendu vers l’avant afin d’aller à l’encontre de l’épée adverse le plus rapidement et le plus proche possible de sa garde.

Utilisation du poignard

Le dessein principal d’accompagnée l’épée d’un poignard est de pouvoir parer et riposter en même temps, ne laissant ainsi pas le temps à l’adversaire de se défendre.

Pour cela, je dois informer que l’on peut avec ces armes et des similaires s’exercer dans la façon de s’escrimer qui est tant désirée et apprise, laquelle est de parer et frapper dans un même temps

On notera tout de même que dans les défenses décrites, ce même temps n’implique pas une simultanéité complète de la défense et de la riposte. Cette dernière n’est déclenchée qu’une fois le coup adverse paré par la dague comme décrit dans cet exemple.

Quand on se couvre avec le poignard seule, on avancera d’un pas et le bras en avant. Et ayant trouvé l’épée ennemie, on frappera de la pointe basse préparée avec une avancée d’un pas droit.

Nous étions arrivés aux mêmes conclusions dans l’étude des sources bolonaises afin d’éviter de nous faire tromper par les feintes adverses.

En défense

D’un point de vue général, le poignard défend tout ce qui est au dessus du genou à notre gauche, tout le reste est défendu par l’épée.

Néanmoins, le poignard étant court, il se doit de défendre tout le côté gauche jusqu’au genou. Et toute la partie droite sera pour l’épée ainsi que la gauche en dessous du genou.

Pour être plus fort en défense, il faut aller rencontrer avec la dague l’arme adverse dans sa première ou seconde partie (dans le fort) afin de mieux résister aux coups de taille, conseil qui s’applique contre une épée mais aussi contre n’importe quelle autre arme.

Les frappes doivent être sorties du côté où elles arrivent, vers la gauche pour toute frappe arrivant vers notre gauche et inversement pour le côté droit.

On doit suivre sans faillir cette règle que quand vient un estoc ou une taille dans la partie gauche, il est nécessaire de les battre  avec le poignard vers l’extérieur vers le côté gauche. Et de même, les défenses avec l’épée feront sortir les attaques par le côté droit.

Comme à l’épée seule, la garde basse sera celle utilisée pour se défendre de tous les coups adverses depuis les autres gardes. Les coups de taille seront à défendre de la même façon qu’à l’épée seule, en venant donc s’insérer sous la lame adverse pendant son armement. Ainsi les parades des frappes d’estoc sont principalement décrites. Di Grassi nous donne trois façons de parer ceux-ci :

  • avec le poignard seul
  • avec l’épée seule
  • avec l’épée et le poignard ensemble

Ce dernier type de parade est déconseillée, car elle ne nous permet pas de travailler dans le même temps et laisse ainsi la possibilité à l’adversaire de nous contrer.

Aussi personne ne doit s’assurer de défendre les coups avec l’épée et le poignard ensemble, façon de se défendre qui est aujourd’hui utilisée de tous en croyant que cela les assure mieux alors que ce n’est pas le cas. Parce que si l’on met l’épée et le poignard de cette façon, on ne peut pas offenser sans en premier ramener les armes et ainsi l’on consomme deux temps sous lesquels on sera frappé quand celui qui attaque continuera dans la droite ligne sans abandonner son avancé en voyant que l’ennemi perds la raison dans sa défense.

Ce type de parade avec les armes croisées se retrouve chez Dall’Agocchie mais de telle façon qu’il n’est pas nécessaire, d’après nos expérimentations, de ramener les armes pour enchaîner de taille si l’on croise au-dessus de la tête ou alors d’estoc si l’on croise sur notre côté droit à la façon de la guardia d’intrare.

On notera que malgré cet avertissement, Di Grassi nous décrit tout de même des parades avec les armes croisées dans les sections de défenses contre la garde haute et contre la garde basse. Une possibilité pratique d’utilisation de ces défenses est quand l’adversaire est trop loin de nous, on bloque ainsi son arme sur sa troisième ou quatrième partie (son faible), là où l’épée a le plus de force dans la taille et où le support de l’épée et de la dague nous permet de soutenir celle-ci.

En attaque

Concernant les positions de garde, l’utilisation du poignard nous permet de dédoubler les trois gardes à l’épée seule en les proposant avec le pied droit ou le pied gauche devant du fait que le poignard permet de nous couvrir. D’autres positions de gardes sont envisageables, l’épée peut se retrouver de telle façon qu’elle ne soit pas en droite ligne vers l’adversaire comme cela est décrit dans la partie sur les tromperies, toutefois la dague, elle, doit toujours être devant la poitrine.

Toutes les gardes qui se prennent à l’épée seule peuvent aussi se prendre à l’épée et poignard, et l’on peut même les nommer gardes avec plus de raison que dans l’épée seule parce que bien que l’épée se place désordonnée et avec désavantage tel qu’elle ne défende aucun côté de la vie, il y a le poignard qui lui reste en permanence en défense dans le cas où on ne veuille pas lever les deux bras et présenter la poitrine libre à l’ennemi, ce qui n’appartient ni à l’art véritable, ni au fallacieux.

Il est possible d’attaquer de taille avec l’épée vu que la dague nous couvre tout au long de l’armement, cependant Di Grassi continu de privilégier l’estoc par peur que l’opposant se défende en un seul temps :

On doit s’assurer de ne pas tirer de coup de taille avec ces armes bien que l’on sait avoir en main une arme défensive, parce que celui qui se défend possède ce même avantage de pouvoir se défendre avec une arme, si possible avec la plus faible, et de frapper avec la plus forte de laquelle on se couvrira difficilement pour avoir déjà placé toute sa force et sa puissance dans la frappe du coup de taille, il nous restera alors peu de vertu pour se défendre de ce grand coup. Ainsi on procédera en frappant d’estoc.

Des frappes de taille sont toutefois exécutées depuis la garde basse afin de provoquer l’adversaire, il s’agit ici de « petites » frappes qui ne demandent pas trop d’armement et qui ne peuvent pas blesser, elles servent juste à « tenter » l’ennemi. Autrement, Di Grassi réserve les frappes de taille pour la partie sur l’art fallacieux.

Concernant les attaques d’estoc, il est possible d’utiliser la dague afin d’écarter la lame adverse avant d’estoquer comme cela est décrit pour la garde large. En garde basse, la façon de tirer d’estoc est conditionnée par la position de notre pointe par rapport aux armes adverses, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur des armes adverses.


Nous terminons ici une introduction aux principes de l’épée – dague selon Di Grassi pour laquelle nous nous sommes basés sur l’art véritable et non pas sur le fallacieux décrit plus loin dans le traité. Nous avons ici les bases générales pour les « affaires sérieuses », l’art fallacieux nous apportera lui plus de fantaisies pour le jeu avec notamment l’utilisation des feintes ainsi que d’autres extravagances comme par exemple le lancé de dague et encore les prises et désarmements.

 


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